Virunga, la source du Nil

Esméralda de Belgique sillonne un parc national menacé, résilient et au cœur d’enjeux locaux avec son conservateur, Emmanuel de Merode.

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Tout le monde n’est pas d’accord là-dessus, mais ceux qui protègent et font la promotion du Parc national des Virunga l’affirment: c’est ici que le Nil prend sa source, en plein cœur de la région des Grands Lacs. Le magnifique massif des Rwenzori, à la frontière entre le Congo et l’Ouganda, au nord du lac Édouard, avec ses sommets qui peuvent dépasser les 5.000 mètres et ses glaciers en péril, produit effectivement de l’eau qui s’écoule ensuite vers des aires à la beauté remarquable. La princesse Esméralda, qui nous guide dans le documentaire proposé ce soir par Nicolas Delvaux, a un rapport étroit avec ce parc. C’est son grand-père, Albert Ier, qui l’a fondé.

Après la Première Guerre mondiale, le roi effectue une tournée triomphale aux États-Unis et en profite pour rechercher des donateurs afin de créer une aire protégée où l’on pourrait sauvegarder les gorilles de montagne, déjà menacés par le braconnage et la tendance folle à les pourchasser pour les exhiber en Europe. Le documentaire n’explique toutefois pas comment les Congolais furent traités à sa création, alors que des scientifiques ont montré que celle-ci a causé le déplacement sans compensation d’une partie de ses populations.

À son arrivée aux Virunga, après un atterrissage à Kigali, Esméralda rencontre Emmanuel de Merode. De Merode est le conservateur du parc et le seul étranger habilité à exercer des pouvoirs judiciaires au Congo. Cet anthropologue belge à l’accent anglais a été nommé par le gouvernement congolais en 2008. Il nous fait découvrir l’un de ses endroits préférés, Ishango, au bord du lac Édouard, où l’on a découvert les fameux “os d’Ishango”, que certains archéologues qualifient de “premiers bâtons de comptage de l’histoire”, façonnés il y a vingt mille ans.

Bien sûr, Esméralda ne loupe pas une des missions-clés du parc, l’accueil de gorilles orphelins, protégés par des gardiens comme André Bauma, qui se transforme en père (et en mère) de substitution pour eux. Le tout offre une belle plongée dans les Virunga, avec des vues aériennes impressionnantes. De Merode évoque aussi une ligne de faille importante: autour et dans le parc, vivent, dans une grande pauvreté, des centaines de milliers de personnes. Conservation et recherche des moyens de subsistance doivent donc cohabiter. Un regret, important: un manque de points de vue congolais sur le parc, essentiellement vus à travers les yeux de deux Belges.

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