Une autre anatomy

Quand Steven Soderbergh revisite le genre médical sur le petit écran, c’est à couper le souffle.

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Mettre en scène une série telle que celle-ci, ça ne se refuse pas. Raison pour laquelle Steven Soderbergh s’est jeté sur The Knick quand le projet – proposé par Jack Amiel et Michael Begler, ses concepteurs – lui a été offert. Pourtant, quelques mois plus tôt, le réalisateur oscarisé pour Traffic en 2000 avait annoncé qu’il quittait l’industrie cinématographique (”Faire des longs métrages est beaucoup moins amusant qu’avant”, déclarait-il alors). Ce qui a séduit le cinéaste? Le scénario “spectaculaire” de ces dix premiers épisodes qui suit le quotidien du docteur John Thackery (Clive Owen, Les fils de l’homme). Un toubib qui n’est pas sans rappeler ce salopard de Dr House qui avait fait les beaux jours du petit écran il y a quelques années. Comme son aîné télévisuel, ce médecin-là est accro à la drogue. Mais la comparaison s’arrête là…

The Knick (diminutif du Knickerbocker, le véritable dispensaire new-yorkais qui a inspiré cette histoire) prend place en 1900. À une époque où les techniques chirurgicales étaient largement moins avancées (les gants et les masques n’étaient même pas utilisés au bloc opératoire!). Dans cette période de tous les possibles en termes de recherche médicale, la pression est insoutenable pour ceux qui opèrent. Ce qui explique les addictions de Thackery. Passionné, voire dévoré par son job, le chirurgien en chef décompresse en se shootant à la cocaïne et à l’opium, obsédé par l’important taux de mortalité de ce début de siècle. C’est bien simple, en entrant à l’hôpital, vous n’étiez jamais sûr d’en ressortir…

Arrogant, le type est aussi un fieffé raciste qui rejette l’idée de travailler avec Algernon Edwards, un Afro-Américain qu’on lui impose. Pourtant diplômé de Harvard, Edwards peine à trouver ses marques. “Il n’accepte pas non plus que les patients noirs ne soient pas soignés”, précise André Holland, son interprète, actuellement à l’affiche d’American Horror Story saison 6. Sombre, violent et gore (mais jamais gratuitement), l’ensemble fait preuve d’un réalisme à couper le souffle et passionne de bout en bout, grâce à ses fascinants personnages. Pensée comme une fiction en deux actes, une troisième salve n’est toujours pas à l’ordre du jour. Quand bien même les scénaristes se sont vu commander quelques lignes directrices sur une suite potentielle…

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