Le film du jour: Strictly Criminal

Johnny Depp se fait la tête d’un vrai parrain de la mafia qui a sévi à Boston dans les années 70. Un formidable thriller aux limites de l’épouvante.

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En le voyant s’enterrer dans le sable des Caraïbes dans la défroque d’un pirate qui prenait de plus en plus des allures d’une caricature grimaçante de lui-même, on a eu peur pour lui. On a même pensé que Johnny Depp, ce génie d’acteur qui a toujours fait la différence, même dans la série 21, Jump Street, était bel et bien perdu pour le cinéma. L’impression que le plaisir n’y était plus, que peut-être une vie privée en montagnes russes (divorcé de Vanessa Paradis, il vient d’être attaqué en justice par Amber Heard pour mauvais traitements) lui avait passé l’envie de s’amuser, de nous faire vibrer. Bref, Depp, un rien bouffi, dissimulé sous ses rastas de Jack Sparrow, se mettait furieusement à ressembler à cette affiche de Rocky 34 dans l’hilarant Y a-t-il un pilote dans l’avion? Pire, on s’est même dit que la créature, une fois hors des mains du prestidigitateur et ami Tim Burton, nul ne pouvait l’animer vraiment. Témoins, les films très moyens auxquels l’acteur a prêté son concours depuis le mésestimé Dark Shadows (son 7e film avec… Burton).

Depp est-il vraiment un acteur? Un imposteur derrière les masques? À cette question qui finit inévitablement par nous tarauder, Scott Cooper (Les brasiers de la colère) nous répond oui, trois fois oui. Et nous le prouve. En confiant à Johnny un rôle aux antipodes de ses échappées burlesques et de sa zone de confort. Celui de James “Whitey” Bulger, grand criminel sociopathe qui a dominé les mafias de Boston dans les années 70. Avec l’aide du FBI en la personne de son ami d’enfance John Connolly. C’est donc en ne jouant pas que Depp a repris le goût du jeu, car tout le film durant, il est un masque impassible percé de deux yeux bleus glaçants à faire froid dans le dos.

Passionné par le polar façon Scorsese, Cooper en reprend l’ambiance, mais pas l’ambiguë relation aux gangsters. Pas de mise en scène grandiloquente, ni de séduction. Juste de la pellicule à grain pour rendre la réalité des seventies. Filmé à la manière d’un documentaire fouillé, Strictly Criminal tire sa force sèche d’une analyse sociologique au scalpel (une incroyable scène de tablée de Noël partagée par Whitey, son frère sénateur et des huiles du FBI montre combien est poreuse la frontière entre les malfrats et ceux qui les traquent!). Et de Depp, enfin retrouvé, terrifiant de violence rentrée dans la peau de l’ennemi numéro 1.

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