Les adoptions forcées de Sa Majesté

En Angleterre, les pouvoirs des services sociaux sont colossaux. Depuis quelques années, ils appliquent une ahurissante politique du “zéro risque” aux fondements discutables.

Les adoptions forcées de Sa Majesté

Bienvenue dans une société qui enlève des enfants à la naissance, pour leur éviter toute éventuelle souffrance à l’avenir. Une sorte de Minority Report de la protection de l’enfance où des agents de l’administration jugent sur dossier le futur potentiel de bébés à naître. Dans cet univers du “prévenir plutôt que guérir”, on façonne une société prétendument plus saine sans s’encombrer de l’absurdité d’actions telles que retirer des enfants à des parents venus de familles d’accueil, public jugé à risque, afin de les placer en… familles d’accueil et d’en faire de futurs parents issus de familles d’accueil.

Une nouvelle dystopie à succès, née de l’imagination débordante d’un apprenti Philip K. Dick? Pas du tout. Cette réalité est bien couchée sur papier, mais c’est sous le titre de Children Act, extrait du code britannique. Chaque année, des centaines de femmes enceintes quittent l’île pour rejoindre la France ou l’Irlande. Elles fuient les services sociaux qui les ont informées que leur bébé leur serait retiré à la naissance. Un ancien élu du Kent exilé sur la Côte d’Azur finance le trajet de ces femmes “punies sans avoir commis de crime”. Bethany est l’une d’elles. Célibataire, elle attendait son premier enfant au moment d’embarquer sur le ferry. Sa faute? Être la sœur d’une jeune mère qui s’est suicidée. Son autre sœur s’est déjà vu retirer la garde de son nourrisson. D’un claquement de doigts, pour quelques mots sur un dossier et une présomption de culpabilité à venir.

“En quelques années, on est passé de l’aide aux familles à une situation où ces gens devenaient un risque, explique Maggie Mellow, travailleuse sociale anglaise. Cela se concentre surtout sur les plus pauvres qui ont eu besoin ou ont encore besoin de l’aide sociale. C’est censé rompre le cycle de la pauvreté, mais cela n’a pour effet que de blâmer les pauvres pour leur simple pauvreté. On dit que si les parents étaient mieux instruits, ils feraient des choix différents, leurs enfants vivraient de meilleures expériences et ils ne seraient pas pauvres.”

Pour expliquer que des nouveau-nés sont arrachés à leurs parents et que des fratries entières sont offertes à l’adoption pour une simple bosse mal diagnostiquée, certains vont jusqu’à avancer l’existence de quota d’adoptions, de primes pour les collectivités, semblables aux primes pour le recyclage. Un documentaire hallucinant sur une pratique de nos voisins d’outre-Manche.

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