Les enfants du Bataclan

Un an après les attentats de Paris, le journaliste rock Philippe Manoeuvre rend un vibrant hommage à la mythique salle de concert.

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Là, on commémore dans le silence et l’émotion. Mais ici, ce sera dans le bruit et la sueur. C’est le Bataclan, que diable! Le Ba-ta-clan, comme on l’écrivait à son ouverture en 1864, en référence à une opérette d’Offenbach. Trois syllabes qui claquent insolemment pour rappeler une fois encore que, non, “même pas mort”. Pas mort, le Bataclan, transformé ce soir de novembre 2015 en cimetière par des fous qui ne savaient pas jouir de la vie. Loin des regards, la mythique salle de spectacle parisienne a rassemblé, une année durant, les miettes de son âme pulvérisée. La voici prête à renaître et sûr que les fantômes qu’elle y abrite désormais hurleront avec le public pour célébrer, face à un Pete Doherty choisi pour inaugurer la réouverture mercredi prochain, l’indestructible esprit rock.

C’est beau, une salle qui vit. Philippe Manoeuvre les connaît mieux que personne: il a traîné ses santiags et ses verres fumés dans tous les repaires de musicos – et boulevard Voltaire en particulier. Avec Stéphane Basset, il signe un documentaire en forme d’hommage à ce lieu unique, autrefois joyeux caf’conc’ puis salle de cinéma, jusqu’à ce qu’un petit gars de 16 ans, Assaad Debs, décide d’y organiser en 1969 son tout premier concert rock. “C’était Woodstock!” résume le guitariste Alain Renaud, à l’affiche ce jour-là. Et c’est parti pour une longue série de soirées parfois épiques, entre riffs de guitare et pintes de bière. Il y a les habitués de la fosse comme Jean-Charles de Castelbajac qui, rose à la boutonnière, raconte le bon son alternatif des années 70 qui nourrissait déjà sa créativité. Il y a ceux, musiciens mais aussi humoristes, qui ont arpenté la petite scène de cette salle qui vous fait vous sentir si proche du public – 1.500 personnes au plus – dans une atmosphère que tous ou presque décrivent comme familiale. Un peu roots, aussi. Définitivement rock – ici, ça transpire, “ça pue” et ça vibre.

Il y a surtout les anecdotes, délicieuses: l’after show improvisé de Prince en 2002, débarquant du Zénith en pleine nuit pour prolonger la magie. Le souffle charnel et électrique de Jeff Buckley reprenant Hallelujah. Les décibels de Motörhead qui, dit-on, fissurèrent les murs d’un Bataclan sous le choc. Et des duos improbables (JoeyStarr et Nicoletta) et des bagarres mémorables (une horde de Hells Angels pénétrant à moto pour un concert de MC5) et des révélations (le New York City Rap qui, en 1982, initie Paris au hip-hop). Une rétrospective documentée, personnelle, réjouissante. Et sacrément vivante. Quel plus bel hommage?

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