La machine à broyer les petites gens

Isabelle Adjani incarne un rôle-choc dans ce téléfilm inédit qui passe sur Arte avant de sortir ens alles.

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Pas de doute: Isabelle Adjani a gardé cette indécrottable inclination pour les personnages engagés – parfois jusqu’à la folie. Elle est cette fois Carole Matthieu, visage ravagé aux premières minutes du téléfilm, secouée de sanglots ravalés, usée par la violence absurde du monde. Celui de l’entreprise, régi par la seule loi de la rentabilité, où se noient des employés harcelés, menacés, broyés. Elle espère encore pouvoir les sauver – elle est médecin du travail. Mais c’est elle qui se laisse gagner par leur souffrance. Empathique jusqu’à se perdre. La comédienne s’est investie corps et âme dans cette adaptation des Visages écrasés de Marin Ledun qui – comme La journée de la jupe en 2009 – s’imposera sur grand écran après sa diffusion sur Arte. Une visibilité maximale pour ce drame social, dont la réalisation stylisée nous fait pénétrer de manière onirique l’esprit flottant d’une protagoniste à la dérive, tout à la fois actrice et spectatrice d’une effroyable mécanique. Moteur de ce film noir et singulier, Adjani y est troublante de fragilité entêtée.

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