Villeneuve en temps de paix

Comme les Allemands, France 3 s’apprête à quitter le Village français. L’heure est aux bilans.

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“La guerre est finie!”, lance Antoine, ancien chef du maquis revenu d’Allemagne, en retrouvant Anselme, son ex-compagnon de Résistance. “Ça dépend contre qui…” En cet automne 1945, si l’Allemagne nazie est effectivement défaite, l’ordre est bien difficile à rétablir. Et sans ennemi commun à combattre, la solidarité d’hier a du plomb dans l’aile.

Après six saisons intenses au cœur de l’horreur, les habitants de Villeneuve entament ce soir leur dernier tour de piste. Ultime chapitre d’une série qui nous tient en haleine depuis ses débuts et confronte enfin ses personnages aux conséquences de leurs choix passés. La tension n’est plus aujourd’hui dans le sifflement des balles et le silence macabre des rafles. Il est dans le regard perdu de Daniel Larcher affrontant, du banc des accusés, les juges qui scelleront son sort. Dans l’éclair de folie qui traverse les yeux d’une Hortense à la dérive. Dans le couple mal formé par Lucienne et Bériot, dont les rancœurs s’agglomèrent en une pierre tranchante.

En filigrane, c’est bien sûr la question de la mémoire qui est ici soulevée, en fonction de chacun – et des intérêts de chacun. Même les livres d’histoire mentent déjà sur “la France résistante” prétendument unie quand elle continue de se déchirer. Ponctués de flash-back, les six premiers épisodes de cet épilogue invitent habilement à une réflexion toujours actuelle sur la lecture à offrir d’un événement traumatique. Il y a bien çà et là quelques traits par trop soulignés, mais aussi de poignants questionnements rappelant ce que la série s’est toujours attachée à illustrer: l’effrayante porosité entre le bien et le mal. Pas d’avenir possible sans examen du passé. C’est l’indispensable dernière épreuve de ces Français comme les autres jetés dans l’histoire, avant de tenter de trouver leur place en et dans la paix.

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