PETIT ECRAN. Les naufragés de l’exil

L’accumulation des naufrages de migrants en Méditerranée a rendu ces drames presque banals. Ce documentaire nous ramène à la réalité: nos lieux de vacances sont des cimetières.

Les migrants ne savent pas nager - TV5 - Documentaire

Franck Dhelens, réalisateur, et Jean-Paul Macri, écrivain, grand reporter et chroniqueur pour Libération, ont embarqué sur l’Aquarius, navire de sauvetage de l’Association S.O.S. Méditerranée. Ils nous livrent leur expérience à bord. La subjectivité est assumée. La voix off dit ”je” et partage les réactions et impressions de son auteur. Elle s’efface, aussi, devant les sons terrifiants et les images brutes, filmées à la caméra GoPro. 

Au démarrage, la découverte des marins engagés sur ce bateau de secours, prenant fait et cause pour les naufragés de l’exil, donne du baume au cœur: l’humanisme existe encore. Vient le choc de la rencontre. On le sait, ces hommes, ces femmes et ces enfants embarquent sur des esquifs brinquebalants pour rejoindre l’Europe. C’est autre chose de découvrir la silhouette d’un canot gonflable qui ballotte sur l’eau noire, puis d’apercevoir qu’il est bourré d’affamés, morts de froid et de peur, qui appellent à l’aide. Un bébé est monté à bord. Des cris. Le pont de l’Aquarius se couvre de monde. Une autre mission est lancée, là, le rafiot coule… Les miraculés sont ramenés, encore et encore, vers le port sicilien. 

Ces rescapés sont les migrants de la télé. Alors que, comme le dit Jean-Paul Macri, les boat people étaient des réfugiés… On ne voit pas de différence lorsqu’on les sauve de la noyade. Alors faut-il s’infliger ces images? Faut-il s’immerger dans tant de détresse? On répond sans hésitation que oui, que c’est important, parce que ces minutes que l’on vit sur ce navire d’espoir serviront peut-être de garde-fou quand on se dira “on ne peut pas accueillir toute la misère du monde”.

Plus d'actualité