La guerre sainte en famille

Portrait d’une famille musulmane franco-syrienne, un film étonnant sur des djihadistes opposés à Daech.

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Il y a les fous d’Allah – de Daech, Boko Haram ou al-Qaida. Mais que penser des musulmans qui, s’opposant vigoureusement aux terroristes, n’en demeurent pas moins des partisans d’un islam rigoriste prônant la guerre sainte? C’est la question que pose le passionnant documentaire de Stéphane Malterre, consacré à la famille franco-syrienne Ayachi.

À l’origine, c’est le fils aîné, Abderahman, que souhaite filmer le réalisateur en 2013. Le jeune homme a choisi de faire le djihad pour combattre, au nom de ses ancêtres, le pouvoir dictatorial de Bachar el-Assad. À la tête d’un des groupes de la rébellion syrienne, il meurt, comme il le souhaitait, ”en martyr”. Stéphane Malterre décide alors de rencontrer sa famille, aujourd’hui établie en Belgique et découvre le poids du père, Bassam Ayachi. Un musulman parti de Syrie à la fin des années 60 pour fuir le régime d’Assad père, réfugié en France où il découvre, enthousiaste, la révolution de Mai 68. Bientôt marié à une Française qui se convertit, il part en Arabie Saoudite et adopte un islam “authentique”. Mais son discours demeure insaisissable, défendant à la fois l’islam de France et l’établissement d’un État islamique en Syrie. Clamant que son djihad n’a pas pour vocation d’anéantir les non-musulmans, mais s’inscrivant à l’opposé des valeurs occidentales. Reparti en Syrie à la mort de son fils, il y est désormais juge d’un tribunal de la sharia.

En France comme en Belgique, les autorités ont enquêté sur le salafiste sans rien trouver de concret. Restent des propos ambivalents, comme le sont ceux des autres membres de la famille qui s’expriment ici. Des croyants instruits, éduqués, visiblement bien intégrés et opposés au terrorisme. Mais acceptant, voire revendiquant les principes d’un islam intégriste, quitte à s’engager dans la violence. Étrange parcours.

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