Terreur pop: comment Daech remixe Hollywood pour recruter

Une enquête minutieuse nous livre des clés pour comprendre la fabrique de propagande de l’organisation terroriste.

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“On avait un chèque en blanc”, affirme d’emblée un ancien cameraman de Daech au début du Studio de la terreur. Au début, le budget de l’organisation terroriste qui a autoproclamé son État consacrait 100.000 dollars par mois pour ses vidéos de propagande. Mais cela a vite explosé, pour atteindre plus de 2 millions de dollars par an, reconnaît le témoin, à moitié dissimulé derrière un keffieh. Le matériel, venant de Turquie et passant la frontière sans trop de problème, était à la pointe. Un autre témoin de cette enquête courageuse, largement remarquée dans les marchés télé, a les yeux qui brillent en se souvenant d’un tournage, où, hélas (!), il n’était pas là. L’un des premiers gros coups médiatiques de Daech qui, avec quatre caméras au moins et un tournage au ralenti, a filmé l’égorgement d’une vingtaine de soldats de Bashar el-Assad.

Chez Daech, le journaliste est élevé au même plan que le bourreau, acteur funeste des vidéos, ou le soldat quotidien, qui part se faire charcuter pour la plus grande gloire de Dieu, paraît-il. Il court des risques énormes en captant les images des combats, quitte à se prendre une balle en direct et voir ses derniers instants, renversés, se retrouver eux aussi sur le réseau. L’organisation semble huilée comme une chaîne de télévision moderne: les images sont amenées au plus vite à des monteurs professionnels, qui tracent leurs récits atroces, dans un studio bien gardé, en y ajoutant des infographies dignes du générique de Game of Thrones. Le tout est ensuite envoyé, raconte un témoin, aux “Saoudiens”, qui s’occupent de mettre le contenu en ligne. Dans un mystère sur leurs méthodes, ils parviennent à atteindre des millions d’internautes en diffusant l’horreur.

Le studio de la terreur nous montre aussi qui s’intéresse de près à la propagande de Daech en ligne. Ainsi, on part à la rencontre de Pieter Van Ostaeyen, un Belge qui tient un décompte très précis des recrues de notre pays parties se battre en Syrie. Sur son blog (pietervanostaeyen.com), on retrouve également une analyse des publications de Daech, en vidéo ou en magazine. Un détour intéressant pour mieux comprendre la propagande mise en place par l’organisation, où, rappelle une des personnes interrogées dans le film, on regarde énormément des productions hollywoodiennes comme Saw et où on aime s’agiter sur une Playstation. À Raqqa, on n’est jamais très loin de Hollywood. Mais le sang est véritable.

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