Métaphysique du flic

Série d’anthologie désormais culte, True Detective aura marqué l’histoire de la fiction télé. Tout au moins sa saison 1, diffusée cette semaine sur La Deux.

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 La saison 2 (qui pourrait finalement ne pas être la dernière) a fait un four. Mais sans doute faut-il aussi voir dans cet unanime mécontentement un hommage à l’œuvre originelle. Car la première salve de True Detective se diffusa comme une onde de choc,  superbe et puissante. Un de ces phénomènes difficiles à perpétuer. Alors oublions les regrets pour (re)plonger dans les huit épisodes qui nous ont scotchés au canapé. On ne s’y attendait pas vraiment. Le pitch annonçait un     polar plutôt classique – et il l’est en effet: deux flics aux caractères opposés, lancés sur la trace d’un tueur en série. Mais son auteur, l’écrivain américain Nic Pizzolatto qui signe ici son premier scénario, travaille la narration et la psychologie de ses personnages comme un       romancier. Rust Cohle, Texan fraîchement débarqué en Louisiane (Matthew    McConaughey, à gauche), est bien plus que le ravagé de service. De ses blessures, il a tiré une maîtrise physique et une force mentale redoutables, alternant silence assourdissant et monologues philosophico-pessimistes dans une indifférence au monde qui confine à l’arrogance. Face à lui, Martin Hart (Woody Harrelson, à droite) semble moins complexe. Un gars du coin, respecté, bon père de famille, mais dont le vernis menace de craquer lorsque l’équilibre auquel il croit être parvenu – à coup d’alcool et d’infidélité – vacille. 

La violence est déjà partout, assumée chez l’un, rentrée chez l’autre. Et tout autour d’eux, dans cet État d’Amérique frappé par l’indigence, la ferveur religieuse, le mysticisme. Telle l’eau marécageuse, True Detective s’écoule d’abord lentement. Mais l’on est happé par son atmosphère d’une envoûtante noirceur, son        talent à donner chair à ses sombres héros. Et Nic Pizzolatto est habile. Son hameçon prend la forme d’un récit en deux temps: l’enquête de Cohle et Hart est ponctuée de flashforwards nous emmenant dix-sept ans plus tard, alors que les deux hommes sont interrogés séparément sur l’affaire. Un procédé narratif diablement efficace, qui saura nous faire patienter jusqu’à ce que l’action prenne le dessus, dans un plan-séquence de six minutes à couper le souffle. Mais si la série est bien menée, elle est surtout très incarnée. D’une présence follement intense, Matthew McConaughey et Woody Harrelson font plus que la porter. Ce sont eux qui la poussent au sommet. Et eux que l’on regrettera par la suite – True Detective étant une “anthologie”, donc une série changeant d’histoire et de casting à chaque saison.

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