Et vive la liberté

De Bruxelles à New York, un réjouissant portrait de sexagénaires maghrébines en pleine émancipation.

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Elles restent bien souvent invisibles. Des femmes issues de la première génération de l’immigration maghrébine, on ne sait pas grand-chose. Alors la réalisatrice Hadja Lahbib a décidé de traîner sa caméra bienveillante dans le sillage de quelques-unes d’entre elles. Des sexagénaires établies dans la commune de Molenbeek, à Bruxelles, qui n’ont souvent, comme Warda, “rien vu, rien vécu” à force de se consacrer aux enfants, au mari, à la maison. Mais qui a dit qu’il était trop tard pour commencer à vivre? Certainement pas la sémillante Tata Milouda, “mamie slameuse” à la joie contagieuse. Une sacrée rencontre pour Mina, qui assiste à son spectacle Et vive la liberté! lors d’un séjour au Maroc et se laisse gagner par son refrain – son viatique – réclamant “un petit chouïa de paradis dans la vie”, là, maintenant, tout de suite. Alors Mina, veuve de 62 ans qui ne sortait jamais et n’avait “pas de copines” reprend sa vie en main. Avec Warda, mais aussi Hamida, Naziha, Rahma, Tleitmes, elle fréquente l’association Dar al Amal, Maison de l’espoir qui élargit son horizon.

Entre deux cours de français, cette joyeuse brochette de femmes enfin libérées de leur carcan découvrent leur ville, partent à la pêche, retrouvent Tata Milouda, rencontrent Arno, foulent le sable de la mer du Nord… Hadja Lahbib les filme avec une grande tendresse dans cette émancipation collective, élan jouisseur aussi tardif qu’inextinguible. De boutade en projet, le petit groupe se met même en tête de faire le grand saut à la conquête de New York. Un voyage symbolique, réjouissant comme l’est ce documentaire où se mêlent humour et sensibilité, comme le sont les rires francs de ces sept femmes, captées ici dans une renaissance émouvante et énergique. Si l’espoir et l’optimisme vous font défaut ces temps-ci, en voilà une bien belle dose.

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