Hillary, un homme pas comme les autres

Dernier volet d’une collection au vitriol, un portrait jubilatoire de la candidate démocrate à la Maison-Blanche.

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Ils ont signé la vraie-fausse biographie de George Bush, Fidel Castro ou Kim Jong-un. Karl Zéro et Daisy d’Errata se glissent aujourd’hui dans la peau d’Hillary Rodham Clinton – et surtout dans sa tête. Car la candidate démocrate à la présidentielle américaine de novembre prochain est une sacrée cérébrale et un esprit redoutable. C’est d’ailleurs ce qui explique l’admiration assumée que lui portent les deux réalisateurs (à l’inverse de leurs précédentes «victimes», confessent-ils), perceptible malgré le ton parodique caractéristique d’une collection entamée avec Dans La peau de Jacques Chirac. Une vraie bête de politique, d’autant plus acharnée qu’elle a longtemps dû ronger son frein. Pensez-donc: malgré un appétit précoce pour le pouvoir et la chose publique, la jeune Hillary a vite compris qu’en tant que femme, elle n’était guère attendue au sommet. C’est donc dans l’ombre que cette ancienne Républicaine, rapidement passée dans le camp opposé, a tissé sa toile. Dans celle de son président de mari tout d’abord, élu en 1992, auprès duquel elle tente de trouver l’équilibre entre le rôle de première dame potiche et son ambition d’apparaître comme l’alter ego de ce «pauvre Bill». Une frustration exprimée avec humour dans cette confession fictive qui ne manque pas de sel. Doublée en français par une Michèle Laroque très en forme (judicieux choix), l’Hillary Clinton de Karl Zéro et Daisy d’Errata déverse son fiel sur tout le monde: les journalistes, avec lesquels elle entretient des relations houleuses, les Républicains… et Bill Clinton lui-même, aimé et soutenu «même si c’est un boulet». Hillary a un cerveau – elle a tout de même fait une thèse sur le sociologue américain Saul Alinsky à Yale –, une vision – elle soumet une réforme de la santé qui sera enterrée en douce. Mais pas de rênes. Elle espère les prendre lorsque Bill entame sa retraite, attrape ceux du sénat à New York, mais perd ceux de la présidentielle de 2008 face à Barack Obama – lequel lui cède en guise de consolation la tête du département d’Etat. La raison du ratage? Pas assez sincère, avance ce portrait piquant, drôle et bien troussé, qui s’amuse autant de son caractère que de ses casseroles. Car la démocrate, avoue tout net Hillary Clinton-Michèle Laroque, est sincèrement dure, cynique et manipulatrice. Un bulldozer qui, en s’affichant comme tel, pourrait bien, à 68 ans, remporter enfin le morceau. Face à Donald Trump, c’est encore ce qui pourrait arriver de mieux.

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