Jeux dangereux

Destins croisés dans une Allemagne nazie en représentation, lors des JO de 1936. Loin des quatre médailles de l’afro-américain Jesse Owens. 

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1935. Certains ont envie de croire en une Allemagne qui se redresse. Wolfgang Fürstner est de ceux-là. Le Troisième Reich s’apprête à organiser les onzièmes Olympiades modernes et ce capitaine de la Wehrmacht s’est vu confier la création d’un village pour accueillir les athlètes du monde entier. Il y décèle une occasion de briller. Son village sera plus beau que celui de la dernière édition, à Los Angeles. Il y créera un sauna. Le Führer sera fier de lui.

Gretel Bergmann pose un autre regard sur l’événement. Surnommée “l’athlète aux grandes jambes”, elle est peut-être la seule sportive allemande à pouvoir prétendre passer la barre du mètre soixante en saut en hauteur. Mais, née juive, elle a été exclue de la fédération. Elle n’emportera pas l’or à Berlin. Ça lui évitera au moins de devoir faire le salut nazi sur le podium.

Le sort de l’athlète n’est pas un cas isolé. La communauté internationale s’émeut des conséquences de l’antisémitisme, légal dès septembre 35. Les États-Unis appellent même au boycott de la grande fête du sport. Le docu-fiction met en exergue quelques destinées pour s’immiscer dans cette vaste schizophrénie. Le Reich doit faire le beau, il veut plaire au monde, travestir la menace, à l’image du choix du service d’ordre dans le “village de la paix”. Oubliez les soldats en uniforme agressif, de petits blondinets aux yeux bleus, fils d’agents de la Gestapo et autres pontes, feront discrètement régner la discipline dans leur innocent ensemble blanc. On connaît la suite de la grande histoire. On sait aussi, dès le début, que Wolfgang Fürstner meurt noyé dans un lac, à côté des cigognes 100 % allemandes qu’il avait exigées. Les coulisses d’un jeu de dupes.

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