Federica Montseny, ni Dieu ni maître

Anar espagnole et première femme ministre d’Europe: la méconnue Federica Montseny.

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Il y a quatre-vingts ans débutait la guerre d’Espagne. Trois années de conflit opposant républicains et nationalistes, durant lesquelles se distingua une figure emblématique et pourtant méconnue de l’histoire. C’est le principal intérêt de ce documentaire qui, bien qu’un tantinet hagiographique, garde le mérite de dresser le singulier portrait de Federica Montseny, militante anarchiste qui secoua vivement les traditions de la société espagnole d’alors. Il faut dire que la dame avait de qui tenir: née de parents libertaires, la jeune Federica grandit dans la clandestinité, étudie beaucoup, écrit sa première nouvelle à 16 ans et publie avec son père nombre de livres à vocation sociale, relayant leurs idéaux. De l’ombre, “l’indomptable” – titre de son premier roman, qui lui donnera son surnom – passe bientôt à la lumière, portée par son érudition et sa maîtrise de l’art oratoire. Membre de la Confédération nationale du travail, organisation anarcho-syndicaliste, elle s’impose tant et si bien que le gouvernement de gauche fraîchement élu lui offre en 1936 le portefeuille de la Santé – faisant d’elle la première femme ministre d’Europe. Un court mandat (un semestre), mais qui lui permit de semer quelques graines sociales: légalisation de l’avortement en Catalogne, réinsertion des prostituées, protection des handicapés, des orphelins, des femmes seules, des sans-abri, des chômeurs… Elle ne put malheureusement mener à terme son combat pour l’égalité et l’accès à la culture. Exilée à Toulouse comme nombre de républicains chassés par la victoire de Franco, elle y poursuivra toutefois son engagement libertaire et continuera d’inspirer les féministes bien après sa mort en 1994. Un parcours passionnant, à travers lequel se dessine en pointillé l’histoire du mouvement anarchiste espagnol, du début du XXe siècle à l’après-guerre.

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