L’animation, grand courant d’art

En marge du Festival du film d’animation d’Annecy, Arte nous présente ses coproductions ambitieuses et diffuse deux monuments du dessin animé.

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Le cinéma d’animation a pris une telle place qu’il est devenu aujourd’hui l’affaire d’adultes et de grands enfants surtout. Au point qu’une grand-messe lui est dédiée chaque année au début du mois de juin: le Festival d’animation d’Annecy (qui ouvre ses portes en 1960, mais devient annuel en 1997). En effet, doté des mêmes pouvoirs magiques que les super-héros de Marvel et DC Comics, le dessin animé de long métrage est actuellement le deuxième pourvoyeur de grand public dans les salles de cinéma. Cette part de marché juteuse, Arte ne pouvait la regarder passer sans rien faire, et au fond, qui s’en plaindrait, en regard de l’exigence artistique que la chaîne allemande porte à ses productions de fictions et de documentaires? Ainsi depuis 2012, elle a déjà coproduit quelques trésors du genre comme Avril et le monde truqué, adapté de Tardi ou la dernière œuvre de Jean-François Laguionie, Louise en hiver, présentée cette année à Annecy.

Pour fêter sa présence au festival, Arte sort de ses cartons deux bijoux de la japanimation, et prouve que l’animation est bel et bien un art majeur. Commençons dans l’ordre inverse de leur diffusion: Akira (dimanche à 22h50), joyau noir de la science-fiction futuriste, bouleversa à jamais le visage de l’animation à sa sortie en 1988. Présentant un Tokyo apocalyptique aux mains d’une bande de motards drogués inspirés des Droogies d’Orange mécanique et de militaires en quête de l’arme absolue de destruction massive, ce dessin animé adapté des 2.000 pages fascinantes et complexes du manga de Katsuhiro Otomo se donne tous les moyens de ses ambitions. Jamais auparavant le souci de réalisme n’avait été poussé à ce point (160.000 cellulos, 327 couleurs, le tout dessiné à la main!) pour un dessin animé en 2D. Résultat? Un chef-d’œuvre nihiliste et violent au génie graphique toujours indépassable 28 ans plus tard.

Quant au Vent se lève, qui conte l’exceptionnelle destinée en temps de guerre d’un jeune homme fou d’aviation, c’est tout simplement le plus beau film, toutes catégories confondues, de l’année 2014. D’une richesse inventive dont la limite est l’horizon, cette fresque qui balance entre la force du rêve et la souffrance du départ de l’être aimé est le dernier chapitre flamboyant et d’un humanisme rare de l’œuvre immense de Miyazaki.

Immanquables, oui. Et le mot est faible!

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