New-look pour une nouvelle vie

Dans la maison d’enfance devenue musée, l’univers fleuri de Dior s’offre en bouquets.

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Du « gris Dior », mélange de ciel changeant et de granit, jusqu’aux imprimés fleuris et aux lignes novatrices, tout ce qui fit la puissance du style du créateur pourrait être retrouvé sur un bout de rocher normand. Christian Dior lui-même l’a sous-entendu: « Ma vie, mon style doivent presque tout à sa situation et à son architecture ». Il a vécu jusqu’à l’âge de six ans dans cette maison de Granville, acquise l’année de sa naissance et conservée ensuite comme résidence secondaire. Il a assisté chaque été au défilé des élégantes parisiennes, sur cette plage de villégiature. Il a traîné dans la lingerie à écouter les couturières chanter L’hirondelle des faubourgs, et a eu à cœur d’aider sa mère dans la création de son somptueux jardin, mémorisant chaque détail des catalogues de fleurs. Pas étonnant donc que certains de ses premiers modèles s’appelèrent Vilmorin (nom d’un producteur de semences) ou Marguerite. 

Il voulait être architecte, ses parents ont refusé. Il a ouvert une galerie, ses parents ont détesté. Ces études de sciences politiques vécues dans la plus grande indolence ont prouvé au jeune Christian que seule la compagnie des artistes l’intéressait (Modigliani, Cocteau, Marais…). Le seul interdit qu’il n’a pas transgressé avant la mort de sa mère est d’écrire son nom sur la devanture d’une boutique, vulgarité extrême. Mais quand il s’est décidé, en 47, à présenter une première collection pour sa maison, faisant éclore des femmes-fleurs dans un direct après-guerre, le monde l’a acclamé. « Such a new look! » s’est exclamée Carmel Snow, la Anna Wintour de l’époque. Le surnom était donné, l’empire était en marche, faisant écho à la prophétie d’une voyante normande qui avait annoncé à Dior enfant que le succès lui viendrait des femmes.

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