La forêt des maléfices

Encore un polar suédois? Oui, mais croisé avec la mythologie locale pour mieux brouiller les genres. Brrr.

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Négociatrice au sein de la police de Stockholm, Eva Thörnblad est du genre forte tête. Mise sur la touche par ses supérieurs, elle apprend le suicide de son père, avec lequel elle n’avait plus de lien. L’occasion de revenir à Silverhöjd, commune sylvestre où elle vécut en famille – et théâtre de la disparition de sa fille, déclarée morte noyée sept ans plus tôt malgré l’absence de cadavre. Mais Eva n’entend pas se cantonner au règlement de la succession. Persuadée qu’à l’époque, sa petite Josefine fut enlevée, la jeune femme décide de mettre son nez dans l’enquête de la police locale sur une nouvelle disparition, celle d’un garçon cette fois. D’abord improbable, un lien se dessine bientôt entre les deux affaires.

Jusque là, rien de nouveau. Si le savoir-faire scandinave en matière de polar ne fait pas de doute, Jordskott affiche une trame classique et moult fois explorée, avec disparition d’enfants et sombre atmosphère. Oui, mais attention! Ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt. Et la forêt de Silverhöjd, comme celle de Twin Peaks (on y songe plus d’une fois), n’a rien d’ordinaire. Dès la fin de l’épisode inaugural, le téléspectateur voit le thriller basculer dans le fantastique et son intérêt croître aussi vite qu’un haricot magique. Une originalité qui permet à la série d’affirmer un style d’autant plus singulier qu’elle puise directement dans les contes et légendes suédois, sans amoindrir le réalisme de l’intrigue. Distillé par petites touches, le surnaturel colore ainsi le polar d’une noirceur élégante, porteuse d’un message à la fois poétique et politique. Entre mythologie, complot et réflexion sur l’industrialisation, le récit se déroule, intense et fascinant, parvenant à faire exister chacun de ses personnages autant que son décor – envisagé ici comme le véritable protagoniste. Un protagoniste tout à fait ensorcelant.

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