À la recherche de la jeunesse perdue

Carburant au souvenir proustien, ce film fragile et beau nous emmène dans les dédales d’une vie romanesque et dans la fièvre d’un premier amour.

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Février dernier, aux Césars. À l’appel de son nom, un homme, la cinquantaine guère apparente, monte sur scène. Il s’agit d’Arnaud Despleschin, qui reçoit des mains de Gilles Lellouche la plus prestigieuse récompense de sa carrière: le César du meilleur réalisateur pour son film Trois souvenirs de ma jeunesse. À 54 ans, le cinéaste a presque l’air de s’excuser d’être là: « Je m’en veux. Je suis très mauvais acteur, je ne sais pas parler en public. » Pourtant, nonobstant ce faciès toujours adolescent, Desplechin est bien là depuis plusieurs années.

Admiratif du cinéma de Resnais, il fait sa réelle entrée dans le 7e art en 1996 avec un film sur le discours amoureux, Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle). Entraînant dans son sillage une nouvelle génération de comédiens français: Mathieu Amalric (son double à l’écran), Emmanuelle Devos, son frère Fabrice, Marianne Denicourt (qui le poursuivra en justice pour s’être servi des événements de sa vie privée pour le film Rois et reines).

Le réalisateur façonne d’emblée le « style » Desplechin: du cinéma d’auteur obsédé par les portraits de famille (Un conte de Noël), plutôt autobiographique, amoureux des mots, et proche de Truffaut par son plaisir à tordre un peu la syntaxe cinématographique qui aime trop la ligne droite à son goût. D’ailleurs, aux Césars, il poursuit d’une rupture de ton dont il a le secret: « Je pense que nous les avons émus. Alors, nous avons fait notre travail. » L’émotion nous étreindra en effet tout le long de cette histoire où Paul Dédalus, se fait arrêter à son retour du Tadjikistan (pour un problème d’identité), et se remémore sa jeunesse passée, en trois temps. Par le génie d’une mise en scène délicate, glissant imperceptiblement du futur au passé, Desplechin installe tranquillement son récit de vie, qu’il pimente d’un jubilatoire romanesque. Ainsi, Paul se souviendra de sa mère mal aimante et mal aimée, d’un voyage fantaisiste en Biélorussie et surtout d’Esther (magnifique Lou Roy-Lecollinet) qu’il rencontre au lycée.

Dépeignant avec grâce cet amour adolescent, Desplechin n’a jamais filmé aussi près les battements de cœur de ses personnages. Mélancolique, douloureux et enivrant comme un coup de foudre, le film imprimera durablement les sens de tous ceux qui ont été adolescents un jour et qui ont connu un premier amour. C’est dire s’il touchera des cœurs.

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