Shakespeare in love

Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark. Arte célèbre l’anniversaire de la mort du dramaturge en semant le doute.

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Le 23 avril 1616, à Stratford-upon-Avon, mourait un certain William Shakespeare. Pour célébrer cet anniversaire, on sort le grand jeu. Un écho à l’émoi qui secoua l’Angleterre il y a quatre cents ans? Loin de là. Pas de deuil national, de sonnets éplorés par centaines ou d’avalanche d’éloges funéraires dans ce 17e siècle naissant. Les archives font autant de cas de ce décès que d’un éternuement royal. Celui que nous considérons comme une rock star de la tragédie aurait été enterré avec le même manque d’intérêt qu’un membre de boysband déchu. Surprenant! Certains, comme Mark Twain, iront jusqu’à s’interroger: Shakespeare est-il mort? Dans cet essai, publié en 1909, l’auteur exposait la théorie qui l’a hanté une partie de sa vie: William Shakespeare n’a pas écrit les œuvres qui lui sont attribuées. Un documentaire, empruntant le titre de l’ouvrage culte, explore une partie des raisons de ce doute (ce mercredi à 22h40). Ils sont nombreux à estimer que la jolie histoire du jeune homme d’extraction modeste devenu auteur de génie est aussi « historique » que le balcon de la villa de Juliette à Vérone (ajouté sur demande de Hollywood). Un fils de tanneur au fait de tous les usages de la cour, maniant le latin, le grec ancien et l’italien, aussi à l’aise pour parler de droit de fauconnerie, d’armement ou de jardinage à une époque où Wikipédia n’existait pas? Douteux.

S’il est difficile d’identifier la paternité de cette œuvre magistrale, l’on peut en revanche affirmer sans recourir aux tests ADN que sa filiation ferait exploser le Livre des records, catégorie famille nombreuse. MacBeth foulait encore le tapis rouge de Cannes l’an dernier et les séries les plus ambitieuses du moment se prévalent volontiers de leur inspiration shakespearienne pour accroître leur aura. De cet écran assoiffé de tirades grandiloquentes, Arte retient pour l’occasion l’Othello signé Orson Welles (jeudi à 23h55), ainsi que Beaucoup de bruit pour rien signé Kenneth Branagh (ce soir à 20h55). Les planches ne sont bien entendu pas oubliées avec la captation du Richard III de Thomas Ostermeier, qui charma Avignon l’été dernier (mercredi à 2h00). Et, pour la bonne bouche, on ajoute le téléfilm La dernière tournée de Shakespeare (ce soir à 23h35 – photo), dans lequel un moderne Hamlet rencontre des Roméo, Juliette ou Titania très contemporains. Twain avait raison de s’interroger: Shakespeare n’est pas vraiment mort.

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