Jamais sans sa fille

Rachid Bouchareb aborde un sujet brûlant d'actualité avec pudeur et sensibilité.

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La détresse des parents d’enfants devenus djihadistes: cette triste réalité est remontée une énième fois à la surface lorsque l’actualité tragique est venue nous frapper en plein cœur le 22 mars. Bien avant les attentats de Bruxelles et ceux du 13 novembre à Paris, Rachid Bouchareb (Indigènes, Hors-la-loi) avait écrit cette histoire d’une mère qui apprend, consternée, le départ de sa fille pour la Syrie. Très habilement, le réalisateur met en place un contraste d’autant plus interpellant: Occidentales, non musulmanes, mère et fille vivent dans un endroit paisible, au bord d’un lac, quelque part en Belgique. Une sérénité apparente qui n’empêchera pas l’engrenage infernal de la radicalisation de se mettre en marche, à l’insu de tous. 

Chaleureusement applaudie par le public de la Berlinale, où le film était projeté en première mondiale, l’actrice Astrid Whettnall est époustouflante de sobriété dans le rôle de cette maman qui, plongée dans un désarroi profond et une solitude effarante, va tout faire pour retrouver sa fille. Cette dernière, interprétée par la très prometteuse Pauline Burlet, n’est visible que dans peu de scènes mais – et c’est une des prouesses de la réalisation – le poids de son absence la rend d’autant plus omniprésente. Tout comme la guerre, constamment en arrière-plan mais dont on saisit l’horreur en quelques plans, parmi lesquels de vraies images de propagande de l’État Islamique.

Si Arte, coproductrice, a choisi de diffuser le film sur les petits écrans, Scope Pictures a opté chez nous pour une sortie en salle le 11 mai. Une initiative d’autant plus louable qu’à l’instar de pièces comme Djihad, de telles séances publiques permettent de rassembler des écoles et des spectateurs d’horizons divers pour alimenter le débat et mieux lutter contre le mal à la racine. Lors de la conférence de presse berlinoise, Bouchareb soulignait que « la société réagit souvent après les événements, mais il faut d’abord essayer de comprendre cette jeunesse, afin de pouvoir agir plus efficacement ensuite. J’aime la France, c’est le pays où j’ai grandi et beaucoup d’enfants de l’immigration aiment la France et font des efforts civiques. Il faut aussi pouvoir prendre cet amour en compte« . Un amour dont notre société, plus que jamais, a grand besoin.

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