Feu! Chatterton sur la scène de D6bels

D6bels reçoit Feu! Chatterton, un quintette de dandys qui, sur la scène française, va tout ensevelir.

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Peu de groupes voués à la langue d’Higelin recueillent les faveurs unanimes de la presse. Mais c’est le cas de Feu! Chatterton qui, fin 2015, sortait un premier album intitulé « Ici le jour (a tout enseveli) » et s’octroyait immédiatement des adjectifs gracieux par milliers. Il faut dire que ce groupe parisien, formé autour du parolier fou Arthur Teboul et de ses textes rédigés dans un français plus qu’impeccable, possède des armes de séduction jouissive. Le look des gaillards, d’abord, qui se veut hors époque pour mieux souligner le côté théâtral – assumé – de leur univers. Le timbre rocailleux du chanteur, aussi, à la fois plein de tragédie et d’ironie. Enfin, l’atmosphère qui se dégage dès les premiers mots d’Ophélie, titre d’ouverture d’un album au long duquel on ne s’ennuie jamais, que ce soit dans la chevauchée de La mort dans la pinède, le très « melody-nelsonien » Harlem, le frénétique La malinche ou le sautillant Boeing.

En toute subjectivité, l’œuvre majeure s’appelle Côte Concorde, qui repeint avec lyrisme le tableau du fameux paquebot de croisière échoué au large de la Toscane en 2012. « Cinq étoiles dans la nuit sont mortes », entend-on comme l’écho lancinant d’un souvenir que le capitaine n’a plus envie d’entendre. L’image se greffe sur la musique, ou c’est peut-être le contraire. Voilà la force de Feu! Chatterton: faire vivre ses chansons en nous invitant dans ce qu’elles décrivent, à coups de saynètes musicales très cinématographiques et d’émotions lunatiques. Des chansons qui bavardent, qui s’embrument, qui s’énervent et qui naviguent sur des eaux sans phare. Y a pas à dire: ça fait du bien à écouter.

Si beaucoup s’évertuent à crier que les successeurs de Noir Désir (oui, il y a de ça dans la voix et la poésie imprévisible des textes) et de Bashung (oui, il y a de ça dans l’amertume des refrains et la justesse des ambiances) sont enfin arrivés, il faut raison garder. Parce qu’on sent que ces gars-là vont explorer ailleurs, ou plus loin. D’ici là, on sent surtout que le 19 mai, au Cirque Royal, ils seront l’un des gros morceaux des Nuits Botanique. Et que D6bels On Stage, cette semaine, a bien fait de les inviter, histoire de prouver à tout le monde que ces dandys post-romantiques ont eu une merveilleuse idée quand, au lycée, ils ont décidé de faire un bout de chemin ensemble…

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