Tony Curtis, l’homme aux yeux revolver

Esclave, travesti ou homme d’affaires désœuvré, Tony Curtis a imposé au cinéma un regard, un accent, un talent. Inoubliables.

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Avant James Dean et Elvis Presley, il y avait Tony Curtis. Tony et sa coupe de rebelle qui inspira bon nombre d’adolescents à une époque où l’on se coiffait sagement. Un sexe-symbole au regard d’un bleu perçant, au torse quasi imberbe, aux lèvres sensuelles. C’est en objet de fantasmes un brin androgyne que ses amis (Harry Belafonte, Piper Laurie, Debbie Reynolds…) le décrivent tout d’abord. Mais s’il a toujours su jouer de son physique, le jeune Bernard Schwartz, fils d’émigrés juifs hongrois, s’est surtout façonné une belle carrière, obsédé par son désir de réussir au cœur d’un Hollywood rêvé dès son plus jeune âge. Le cinéma, un parfait refuge pour ce gamin élevé dans le Bronx par un père sans le sou et une mère schizophrène qui le bat plus souvent qu’à son tour. Une consolation lorsque son petit frère meurt, écrasé par un camion. Une source d’inspiration lorsqu’il doit s’imposer parmi ses camarades d’école, misant sur le charme, l’énergie et l’audace façon Errol Flynn dans Robin des Bois – son premier coup de cœur sur grand écran. Dès lors, le gamin à l’accent populaire va tout faire pour plaire. Il n’a même pas encore son diplôme d’art dramatique quand Universal lui offre un contrat de sept ans. Et son mariage avec Janet Leigh, grande star de la MGM, achève de lui ouvrir les bonnes portes.

Il peaufine son jeu dans des rôles qui expriment aussi un certain engagement: l’ancien ado qui jetait des « condom bombs » sur les nazis affiche sa détestation du racisme (La chaîne, avec Sidney Poitier) et défend l’ambiguïté sexuelle (Spartacus et Certains l’aiment chaud). C’est qu’il prend son métier très à cœur – il aurait été si excédé par les retards de Marilyn sur le tournage du film de Billy Wilder qu’on lui prête cette réflexion cinglante: « L’embrasser, c’est comme embrasser Hitler! » L’intéressé, lui, qui témoigne ici peu avant sa mort en 2010, s’attarde davantage sur la liaison qu’il entretint avec la blonde platine des années auparavant. Pas facile de cerner l’animal dans cette biographie un peu sage, où Curtis apparaît visage apaisé après une carrière soumise à des hauts et des bas mal digérés. Sans doute subsiste-t-il d’ailleurs une pointe d’amertume de n’avoir pas été suffisamment reconnu par « les professionnels de la profession ». Mais en femme coquette ou en beau gosse viril, au cinéma comme à la télévision (ah, Amicalement vôtre…), le public n’est pas près d’oublier le charme canaille de ce gamin du Bronx.

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