Une boucherie industrielle

Le 21 février 1916, l’Allemagne attaque la région française de Verdun. Un carnage à jamais dans les mémoires.

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On dit « C’est Verdun! » comme on dit « C’est Beyrouth! ». Une allégorie de la fureur communément partagée – Daniel Pennac a même baptisé ainsi la dernière-née de la famille Malaussène, tout en colère et hurlements, dans sa fameuse saga littéraire. Les désormais spécialistes des archives de guerre Isabelle Clarke et Daniel Costelle ne pouvaient laisser la ville, entrée dans l’histoire, aux portes de ce qui est un peu devenu une très populaire franchise: leur série Apocalypse, amorcée en 2009 avec la Seconde Guerre mondiale, développée avec Hitler, la Première Guerre mondiale et Staline. Avant d’explorer d’autres conflits (Corée ou Viêtnam, les guerres ne manquent pas), les deux réalisateurs célèbrent donc le centième anniversaire d’une des batailles les plus meurtrières de 14-18. Un affrontement décisif, qui faillit bien changer le cours de l’histoire.

Mêlant habilement des images souvent chocs et un récit empruntant aux lettres de soldats (français et allemands) et de témoins, le documentaire remonte le fil de l’horreur. Elle est là dès les premières secondes, dans ce défilé de rescapés choqués par le carnage, marchant nus dans une hébétude qui dit toute la folie de ces trois cents jours passés dans l’odeur de la mort. Les Allemands n’imaginent pas s’enliser si longtemps lorsqu’ils décident d’attaquer ce coin de Lorraine calme et mal défendu. Leur artillerie est la meilleure au monde, leurs tout nouveaux lance-flammes s’avèrent redoutables. Ils savent que la France et le Royaume-Uni préparent une offensive dans la Somme. S’ils prennent l’ennemi par surprise, ils auront devant eux, libre de tout obstacle, la route de Paris.

Mais les Français résistent. Comment, on le découvre au fil de deux épisodes alternant les points de vue – celui d’une femme médecin, d’un poilu, d’un Allemand, d’un colonel… – pour raconter la survie autant que la stratégie. Ou le manque de stratégie lorsque, par exemple, le commandant en chef des armées françaises Joseph Joffre ignore les avertissements du lieutenant-colonel Driant, inquiet de la faiblesse de la région fortifiée de Verdun. Surtout, le film illustre l’industrialisation d’un conflit où l’on recourt aux gaz asphyxiants, où se fait jour l’importance vitale de maîtriser les airs et de recourir aux engins motorisés. La boucherie s’est organisée. Elle aura fait quelque 700.000 morts, blessés ou disparus dans les deux camps. L’Allemagne a plié, mais la France n’a pas le goût de se déclarer victorieuse.

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