Faux frères d’armes

Les héros de la révolution cubaine ont partagé les mêmes idées insurrectionnelles. Mais pas le même but.

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Voilà bien longtemps que ce ne sont plus seulement des hommes. Fidel Castro et Che Guevara, incarnations de l’esprit révolutionnaire, restent (à jamais?) des mythes. Mais deux mythes pour une révolution, c’est un de trop. Faux semblables, dit ce documentaire d’Anne-Charlotte Gourraud. Faux frères, aussi? C’est le point de vue de la réalisatrice, qui égratigne sérieusement l’ancien chef d’Etat cubain et décrit un Guevara aveuglé et trahi. En 1955, le coup de foudre est pourtant réciproque entre Fidel, « un militant anti-dictature, mais qui n’a pas de doctrine politique bien précise encore » et Ernesto, « vagabond à la Kerouac » selon Pierre Kalfon, diplomate et écrivain. Le jeune étudiant marxiste débarqué d’Argentine avec ses idéaux est séduit par la verve de Castro, à l’aise dans les discours comme dans l’action. Il rejoint le Mouvement du 26 juillet créé par son nouvel ami et devient vite la meilleure recrue de ce groupe de guérilleros opposés à la dictature de Batista. Un modèle militaire à suivre, mais aussi un symbole internationaliste puisqu’il est étranger. Bref, un parfait atout pour Castro, particulièrement doué pour mener les hommes… Et les manipuler?

Ils n’ont pourtant pas les mêmes objectifs, estime l’écrivain cubain Alberto Muller. « Le Che est obsédé par la guérilla, la révolution, la justice. Fidel, lui, est juste obsédé par le pouvoir. » Et pour le garder, il ménage la chèvre et le chou, promettant une révolution libérale aux uns, anti-impérialiste aux autres. Passant du soutien américain à l’appui soviétique quand, en pleine guerre froide, le radical Guevara se met à dos les deux camps. Etait-il devenu trop dangereux pour l’ambitieux Castro? Il sera en tout cas amené à quitter le mouvement, lâché par son frère dit-on, qui l’exfiltre en Bolivie pour le laisser y mener sa propre guérilla. Le Comandante n’en sortira pas vivant.

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