Stones/Beatles, lutte de classe

Beatles ou Rolling Stones, fallait-il vraiment choisir? Retour aux sources les envisage ensemble, c’est tout.

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Ah, c’est certain, les Beatles et les Rolling Stones, c’est bien plus que du rock’n’roll. Il n’y a qu’à entendre les conversations des fans pour s’en assurer: « Quoi, t’étais Beatles, toi? Ah non, moi c’est les Stones, tellement plus hard! » Presque un casus belli depuis l’avènement des deux groupes dans l’Angleterre des années 60. Mais à vrai dire, la guerre n’a jamais eu lieu ailleurs que dans la presse – et dans l’esprit stratège de leurs managers respectifs. Un imparable argument de vente. Les jeunes artistes, eux, ne s’occupaient que de musique. Premiers à éclore, les Beatles ont ainsi laissé leur impresario Brian Epstein gommer leurs origines populaires et remiser leur cuir pour une coupe et un costume proprets. Un look de gendre idéal destiné à ratisser large – et ils ratissent très vite, profitant de l’explosion de la télévision pour s’imposer dans les foyers.

Ironie du sort, c’est l’éphémère et ambitieux attaché de presse des quatre garçons dans le vent, Andrew Loog Oldham, qui repère le son brut des Rolling Stones dans un club de la banlieue de Londres. Ils seront ses premiers poulains, dont il fera les « anti-Beatles ». Malin, Oldham encourage la fibre rebelle de ses protégés comme celle de leur public. Avec les Stones, ça doit déraper, flamber, exploser. Les journaux aiment, les filles aussi – Jagger est tout de même un monstre de sensualité. Mais les p’tits gars de Liverpool en ont aussi sous la cravate. Compositeurs de génie, ils alignent les tubes et le monde est Stones, Beatles, parfois les deux, jamais aucun. Les intéressés eux-mêmes ne choisissent pas, rappelle ce portrait croisé qui démonte avec malice la rumeur d’une rivalité acharnée. Proches depuis leurs débuts, ils se fréquentent, s’écoutent, collaborent, se soutiennent. Comme en 1967 quand Mick Jagger et Keith Richards, menacés par une condamnation pour détention de stupéfiants, sont invités par les Beatles à les rejoindre pour l’enregistrement de Our World, première émission en direct diffusée en mondovision. « Les Beatles déconnaient autant qu’eux, rappelle Dominique Lamblin, producteur chez Decca France (la maison des Rolling Stones – NDLR). Simplement on leur foutait une paix royale… » Plus de garçons sages, plus de voyous. Juste des musiciens, stars du rock indétrônables malgré les évolutions de carrière – les Beatles se séparent en 1970, les Stones peaufinent un nouvel album pour 2016. Stoneatles et Beatones forever.

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