Les pharaons de l’Egypte moderne

De Nasser à Moubarak, soixante ans de politique égyptienne qui ont vu et favorisé l’essor de l’islamisme.

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Les fruits du printemps arabe ne sont pas tombés. En Egypte comme dans les autres pays touchés par le mouvement de contestation populaire de 2011, le changement tant espéré n’a pas dépassé le stade des belles promesses. Pour comprendre les raisons de cette renaissance avortée, la réalisatrice française d’origine égyptienne Jihan El-Tahri a ausculté les racines de ce pays où la démocratie ne prend toujours pas. Une exploration en trois volets – trois portraits consacrés aux chefs d’Etat qui se sont succédé entre 1952 et 2011, Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak. Fouillant les archives, donnant la parole à quantité de témoins et d’acteurs des événements de ces soixante années d’histoire égyptienne (membres de l’Etat, opposants, syndicalistes, islamistes…), son documentaire offre un lumineux éclairage. Sur le pays lui-même bien sûr, mais aussi sur l’essor du terrorisme islamiste et sa diffusion à l’échelle planétaire. Car ces trois militaires ont chacun joué un jeu dangereux avec les Frères musulmans (arrêtés par Nasser, libérés par Sadate) et la nébuleuse islamiste, utilisant leur influence pour mieux consolider leur propre pouvoir et réprimer leurs opposants. Ou négligeant la détermination de ces organisations vues comme des groupements d’illuminés pourtant armés – Sadate, assassiné en 1981 par un islamiste sera la première victime de son aveuglement. Plus largement, la réalisatrice détaille les politiques successives de ces pharaons modernes attachés à leur toute-puissance et pointe le poids des choix opérés hier – la démocratie envisagée de prime abord est chaque fois écartée au profit d’un Etat policier et répressif – sur l’infrastructure de l’Egypte d’aujourd’hui. Malgré des tendances différentes (Nasser nationalise, Sadate opte pour le capitalisme), explose l’inertie ressentie par la population. Alors qu’en 1952, elle réclamait pain, liberté et justice sociale lors des manifestations qui chassèrent du pouvoir le roi Farouk, le mouvement de 2011 qui provoqua la démission de Moubarak reprenait les mêmes slogans… Une analyse précise et précieuse, à compléter avec un numéro spécial de l’excellent Le dessous des cartes samedi (à 19h30), consacré à l’Egypte d’al-Sissi. Un militaire encore, arrivé au pouvoir en 2013 à la suite du coup d’Etat perpétré contre Mohamed Morsi, le premier et, à ce jour, le dernier président démocratiquement élu du pays.

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