Versailles

Chic et choc, la nouvelle production Canal plonge dans la genèse du palais. Un efficace thriller historique.

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On ne naît pas Roi-Soleil, on le devient. Un sacré challenge pour le jeune Louis XIV, 28 ans, dont le pouvoir est encore fragile. Nous sommes en 1667 et le souverain, seul à régner depuis la mort de sa mère Anne d’Autriche, reste marqué par le souvenir de la Fronde, ces années de troubles intenses qui virent la noblesse se révolter contre la couronne. Menacé à l’extérieur comme à l’intérieur, il frôle même la parano – et de fait, il est loin d’être respecté par tous, y compris à la cour. Alors que son entourage le presse de regagner Paris, qu’il a quitté, Louis prend alors une décision qui marquera l’histoire – et pose avant l’heure du marketing les bases de la stratégie de marque: bâtir un château à sa démesure, symbole d’un pouvoir qu’il entend bien ne plus déléguer. C’est donc une double construction – celle de Versailles et celle du monarque absolu – que conte cette ambitieuse coproduction internationale (27 millions d’euros) créée par Canal+. Un angle passionnant, tant reste présente à l’esprit la seule image du tout-puissant Roi-Soleil dans sa galerie des Glaces. Orchestrée par deux habitués du polar, les Britanniques David Wolstencroft (MI-5) et Simon Mirren (Esprits criminels), la série, entre violence et glamour, tient davantage du thriller intimiste que de la fresque historique. Plus Borgia que Tudors et résolument moderne, la première saison dévoile comment et pourquoi le jeune souverain se lance dans un chantier pharaonique, alors même que se profile la guerre de Hollande. Comment s’imposer en Europe lorsque son propre pays ne se soumet pas à sa loi? Versailles ne sera pas seulement la vitrine de la couronne. Il deviendra aussi le plus bel argument pour attirer la noblesse restée à Paris – et la mettre ainsi au pas. Historiques ou fictionnels, une flopée de personnages incarnent les enjeux en place: les nobles déchus fomentent des attentats, les courtisans placent leurs pions et les courtisanes leur fille, les maîtresses se succèdent… Au centre du jeu, une puissante rivalité oppose Louis XIV à son jeune frère Philippe, humilié d’avoir grandi dans l’ombre du futur monarque – un personnage attachant manipulé par son aîné comme par son ambitieux amant, le chevalier de Lorraine. Aussi flamboyants que les costumes et les décors de la série (tournée en France, notamment à Versailles et à Vaux-le-Vicomte), les héros du plus beau château d’Europe sont déjà convoqués pour une saison 2. On suivra volontiers.

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