Walt Disney

Idéaliste buté au service d’une œuvre qui l’a dépassé, Walt Disney n’a pas semé que de l’émerveillement béat autour de lui. Arte lui consacre un portrait en nuances.

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Combien de fois le générique au château prendra-t-il vie sous les écrans des salons familiaux en cette trêve des confiseurs? Combien de Dumbo, Robin des Bois ou Elsa issus de l’univers Disney au pied du sapin? Alors que 2016 marquera les 50 ans du décès de Walt Disney et que le court métrage Sleigh Bells a refait surface il y a peu, les médias semblent de plus en plus intrigués par l’homme qui se cache derrière la marque. Arte s’intéresse à la part sombre du personnage en rediffusant The Perfect American, un opéra de Philip Glass mettant en scène une version fictionnelle et noire des dernières années du papa de Mickey Mouse telles que contées dans Le roi de l’Amérique de Peter Stephan Jungk. Sous la baguette de Dennis Russell Davies, Walt Disney est misogyne, mégalo, raciste…

Mais qui était-il vraiment? C’est ce qu’essaie d’appréhender le récent documentaire américain en deux parties intitulé sobrement Walt Disney. Trois heures et demie ne sont pas superflues pour s’attaquer au parcours de ce géant de l’animation. Il est l’homme de la profession qui a reçu le plus d’oscars mais il dut se contenter d’un oscar « de consolation » à la sortie de son Blanche-Neige, qui fit pourtant chavirer d’émoi tant la critique que le public, et laissa dans les cinémas des sièges humides, mouillés par des enfants apeurés. Souvent cité en exemple d’ »échecs productifs » par les incompris chroniques, Walt dut essuyer nombre de déconvenues: travail pillé, difficultés financières dues à de trop gros investissements, mécontentement des salariés… Il était à la fois le génie iconoclaste qui imposait une discipline d’acier au service d’un réalisme et d’une qualité d’animation hors du commun et l’homme de conventions qui dénonçait ses collègues communistes et payait ses coloristes cent fois moins bien que lui. Le monstre sacré qui donna naissance aux « big five » (Blanche-Neige, Pinocchio, Bambi, Dumbo et Fantasia) et aussi l’homme qui choisit le chemin de l’anti-intellectualisme primaire quand le public bouda son opéra animé.

Dans la plupart des films de Disney, le gentil héros chahuté voire exploité sort victorieux au terme d’une lutte malicieuse et courageuse. Walt mourut en 66, sans apothéose et sans voir l’aboutissement d’Epcot, sa cité formatée idéalisée. Ni triomphal ni vaincu, ce personnage hors norme n’était probablement ni totalement du côté des gentils, ni de celui des vilains.

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