Neuf jours en hiver

Est-ce à la mort de ses parents que l’on devient adulte? Un bouleversant récit d’apprentissage.

Neuf jours en hiver

Il pensait en avoir fini avec son histoire, celle d’un gamin étouffé par les conventions d’une famille bourgeoise de province. En quelques livres à l’autobiographie acerbe, Aurélien (Robinson Stévenin) s’est même brouillé avec les siens. Mais lorsque ses parents meurent dans un accident de voiture, c’est au tour du passé de lui demander des comptes. L’écrivain parisien doit revenir dans la maison bretonne qui a abrité son enfance et ses déceptions, pour y régler un problème de fuite avant la vente du bien. A contrecœur, il se résout à faire l’aller-retour. Il y restera finalement neuf jours, le temps de réaliser que le garçon rebelle qu’il est resté a omis de sonder ses propres lâchetés à force de pointer celles des autres. Aussi habile dans la chronique historique (Harkis, Alias Caracalla) que dans le récit intimiste (Emma), Alain Tasma adapte avec une grande délicatesse le roman d’Arnaud Cathrine, Je ne retrouve personne. L’histoire douce-amère d’un apprentissage par lequel Aurélien, « indécis chronique » comme le diagnostique un acheteur potentiel de la demeure familiale, va devoir affronter la réalité, grandir et prendre, enfin, ses responsabilités d’adulte. Si la douleur du jeune homme est palpable, le réalisateur n’épargne pas son héros, le confrontant à des personnages secondaires d’une grande profondeur qui l’intéressent tout autant. Une vieille voisine, un ancien camarade de classe, une ex, une petite fille et un frère aîné pas si solide lui tendent tour à tour un miroir dans lequel Aurélien découvre un écorché trop vif pour se risquer à l’amour, trop refermé sur ses plaies pour s’ouvrir à celles des autres. Sous le regard tendre d’une caméra qui prend le temps des silences, sa prise de conscience touche au cœur. Un très beau téléfilm, intelligemment construit sur la sensibilité et l’émotion d’une formidable troupe d’acteurs.

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