Prisoners

Québécois dans l’âme, mais universel dans le regard, le cinéaste Denis Villeneuve s’est longtemps cherché un style. On est heureux qu’il ne l’ait pas trouvé.

 

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Dans le cinéma québécois, il n’y a pas que le torturé et talentueux Xavier Dolan. RTL-TVI nous en apporte la preuve ce soir avec son focus sur un cinéaste en passe de devenir un véritable événement: Denis Villeneuve. Enfant chéri des cinéphiles pour sa griffe personnelle entre loufoquerie triste (Un 32 août sur terre) et thriller de feu archi-stylisé et violent (Sicario, présenté à Cannes cette année), le cinéaste n’a pas arrêté de brouiller les pistes. Mais quel que soit le genre adopté, ce boulimique discret de l’image y appose un regard d’auteur. Et depuis son second long métrage, chaque film s’annonce, claque, comme un avertissement (celui d’une œuvre cohérente en train de se bâtir), avec un seul mot comme titre: Maelström, Polytechnique, Incendies, Enemy, Prisoners, Sicario. Ce n’est qu’avec son troisième film, Incendies, que Villeneuve se fait connaître par une partie du public. Ce dernier est l’occasion d’un nouveau grand écart avec sa filmo débutante, jouant cette fois la carte du mélo universel tendance Iñárritu et son Babel. Brûlant d’une image trop travaillée, Incendies est un film tout sauf tranquille. Une quête identitaire en forme de voyage intérieur et géographique bouleversant, aux confins du secret (familial) et de la transmission. Une histoire remarquablement interprétée qui nous attrape par les tripes et tord nos certitudes.

Avec Prisoners, polar psychologique tendu, somptueux visuellement, Villeneuve traverse la frontière pour tourner à Hollywood avec des stars (Jake Gyllenhaal et Hugh Jackman, parfaits) et s’offre un carton plein au box-office. Une nouvelle quête, celle de deux fillettes disparues, que tentent de retrouver un père aux abois et un flic au passé trouble. Aidé par la photo hyperréaliste de Deakins (Skyfall), Villeneuve épure son style en lorgnant sur le glaçant Zodiac de Fincher. Mais sans renier son obsession pour autant: la recherche permanente au cœur de la complexité humaine, de l’authenticité. Et avec, toujours, la volonté d’imposer sa griffe esthétique et sa vision d’auteur. De quoi s’attirer les faveurs d’un autre grand cinéaste qui a mis d’accord grand public et intelligentsia critique: Ridley Scott lui-même, qui vient de proposer à Villeneuve de réaliser la suite de son monument de science-fiction Blade Runner. On salive déjà à l’idée de ce que le Canadien caméléon pourrait en faire… 

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