Show Me a Hero

L'histoire vraie d'un politicien idéaliste, rattrapé par la réalité et ses ambitions.

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David Simon est aujourd’hui l’un des créateurs télé américains les plus acclamés. On lui doit notamment Sur écoute (alias The Wire, la meilleure série policière de ces dernières années), ou encore Treme. Mais force est de reconnaître que ses créations ne sont pas destinées à séduire un large public, en raison de narrations souvent lentes, voire contemplatives. Mais avec Show Me A Hero – un titre emprunté à une phrase de Francis Scott Fitzgerald (« Show me a hero, I’ll write you a tragedy », traduisez par « Montre-moi un héros et je t’écrirai une tragédie »), l’auteur change quelque peu son fusil d’épaule en proposant une histoire accessible.

Adapté d’un livre éponyme de Lisa Belkin, et réalisé par Paul Haggis (Collision), ce feuilleton situé à la fin des eighties revient sur la vie de Nick Wasicsko (l’excellent Oscar Isaac). Un jeune politicien qui parvient à décrocher le poste convoité de maire de la ville de Yonkers. À peine élu, et voilà ce représentant local chargé par la justice d’édifier 200 logements sociaux dans un quartier résidentiel blanc. Dans une Amérique toujours aussi secouée par ses tensions ethniques, on se figure d’emblée quelle sera la réaction de la classe moyenne face à cette situation. Le politicien, de fait, n’aura droit à aucun état de grâce. A son grand dam, puisqu’il se livrera rapidement à une course à l’échalote pour tenter de conserver son job. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il aura fort à faire face aux excès et à la démagogie de ses concurrents…

Les aficionados de l’œuvre de David Simon s’apercevront immédiatement que l’écrivain nous raconte ici une tragédie urbaine comme il les affectionne et dont il a le secret. Si Sur écoute nous plongeait dans les faubourgs gangrenés de Baltimore, et Treme dans les rues ravagées de La Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina, Show Me A Hero et la cité de Yonkers lui permettent à nouveau de s’appuyer sur la thématique de la ségrégation raciale, tout en prenant garde de présenter le point de vue de chacune des parties de manière objective. Bien qu’il les articule autour d’une figure centrale (dont Wasicsko est sans conteste la clé de voûte), le scénariste nous livre ici et là des portraits de différents habitants qui se révéleront également des piliers de cet ensemble passionnant et, on l’imagine aisément au regard de l’expression dont s’inspire le titre, tragique. Du très grand David Simon.

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