Malaterra

Constance Dollé et Simon Abkarian incarnent les héros de Malaterra, version française de la série Broadchurch.

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A la place de la station balnéaire anglaise, c’est un petit village corse qui sert de décor à l’enquête autour de la mort d’un garçon. Au cœur de cette adaptation très libre signée Jean-Xavier de Lestrade et Laurent Herbiet, Constance Dollé incarne l’adjudant-chef Karine Marchetti. Rencontre.

Connaissiez-vous la série originale avant de prendre part au projet?

CONSTANCE DOLLE – Je ne l’avais pas vue jusqu’au moment où l’on m’a contactée. J’ai vu deux épisodes avant les essais puis je les ai tous regardés parce que, comme téléspectatrice, j’étais prise par la série!

Pourquoi les téléspectateurs qui ont vu Broadchurch devraient voir cette adaptation?

C.D. – Le motif de fond a été utilisé de nombreuses fois avant. La Corse apporte quelque chose. Le soleil écrasant, les lumières aveuglantes participent à la dimension tragique là où, dans la version anglaise, on était plus dans quelque chose de familial. Et les relations entre Rotman et Marchetti ne sont pas les mêmes que celles qui sont explorées dans Broadchurch.

La fin est également très différente…

C.D. – Oui, et elle est complètement époustouflante. On a une résolution qui dépasse largement le thème même de l’enquête, on va bien au-delà, dans des régions intimes, profondes, de ce qu’est un individu. L’enquête prend une autre tournure. Et les relations entre Rotman (Simon Akbarian, ndlr) et Marchetti ne sont pas les mêmes que celles qui sont explorées dans Broadchurch.

Déjà physiquement, ce duo d’enquêteurs est assez différent…

C.D. – Oui, Simon est quelqu’un d’impressionnant, il a un physique oriental, moi je suis plutôt menue. Il va d’emblée, plus que le personnage original, avoir une certaine forme de ce qui peut être interprété comme du machisme. Il n’a rien à apprendre de personne et certainement pas d’une jeune femme. Elle, elle entre sur le terrain de l’humour, parfois même de l’invective. Assez rapidement, elle va se hisser à son niveau d’agressivité, lui tenir tête. Ça va développer une certaine forme de dureté en elle et, petit à petit, au fil de l’enquête, ça va lui permettre d’accepter de découvrir des choses qu’elle ne veut pas voir.

Cette adaptation se déroule en Corse, quel impact est-ce que cela a sur l’ambiance?

C.D. – Cela peut ressembler à une ribambelle de clichés ou à une «corsitude» fantasmée mais il y a l’insularité, l’omerta, le fait qu’il y a des volontés indépendantistes au sein de l’île, qu’il y règne encore des choses qui ont à voir avec la magie, la croyance en certaines prédictions… C’est très différent d’une côte anglaise qui elle n’apporte pas du tout ce genre d’imagerie.

Vous qui avez étudié la philo, que pensez-vous de l’opposition création-adaptation?

C.D. – On peut lire les choses comme étant une adaptation perpétuelle. C’est vrai que c’est une grande question philosophique. Je me souviens avoir eu un sujet très beau qui s’appelait L’art imite l’art. N’importe quel peintre, quand il doit peindre un paysage, s’inspire de la nature qu’il a sous les yeux. Ce sont toujours un peu les mêmes motifs, ce qui va compter, c’est le regard du réalisateur, les choix des scénaristes qui choisissent de changer des éléments, la directrice de casting qui a jugé bon d’aller chercher ces voix-là, ces physiques-là. L’agrégation de toutes ces sensibilités fait là une œuvre originale. 

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