Au service de la France

Délicieusement transgressive, une comédie d’espionnage dans le sillage d’OSS 117.

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« Je ne suis pas bien sûr que l’humour d’OSS soit propice à l’époque que l’on traverse », confiait récemment Jean Dujardin à RTL, justifiant ainsi son choix de ne pas rempiler (pas tout de suite, en tout cas) pour un troisième volet de la saga réalisée par Michel Hazanavicius. Il pourrait bien changer d’avis en découvrant la dernière coproduction de l’audacieuse Arte, que l’on est ravi de voir tester parfois le genre comique. Petit cousin d’OSS 117 avec qui elle partage le scénariste Jean-François Halin (également créateur ici), Au service de la France est en effet un petit bijou d’humour politiquement incorrect. Plantée dans la France de 1960, la série suit l’évolution du candide André Merleaux (le charmant Hugo Becker, révélé dans Chefs), engagé comme stagiaire dans les services secrets français, où il découvre avec effarement l’absurdité et l’archaïsme de la bureaucratie. Ici, on évite de répondre au téléphone, on quitte le bureau à 17h30 après un Martini et l’on s’attache davantage à tamponner les formulaires qu’à échafauder des stratégies d’action. Surtout, l’on est diablement raciste et misogyne. Ce qui, grâce à une écriture brillante et un jeu subtil, donne lieu à quelques répliques d’une réjouissante transgression. Dans cette France parodique tout entière tournée vers sa gloire passée, le jeune André observe ce que ses collègues se refusent à voir: l’éclosion d’un monde nouveau marqué par la décolonisation et l’émancipation des femmes – des idées progressistes véhiculées par une adorable tailleuse dont il tombe amoureux. Livré en douze épisodes de 26 minutes (malheureusement diffusés en trois soirées seulement), Au service de la France affiche un petit côté sketches qui nuit parfois au rythme de l’ensemble. Mais il est indéniablement un objet télévisuel original, dont le second degré radical est aussi rare que salutaire.

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