Retour aux sources: Apocalypse Staline

Le couple Costelle-Clarke s’est cette fois attaqué à la mise en couleurs et en relief de la vie de Joseph Staline.

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Allégresse lors de la présentation à la presse de ce nouvel opus, le verdict suédois vient de tomber: Svetlana Alexievitch est le nouveau Prix Nobel de littérature. « Son livre a eu une place fondamentale dans mon travail. Elle n’est pas historienne, elle est journaliste et a fait un beau travail de recueil de témoignages. J’ai pour ainsi dire dormi avec elle! » explique la réalisatrice Isabelle Clarke. Dans La fin de l’homme rouge (publié chez Actes Sud et déjà récompensé par un prix Médicis en 2013), l’auteur biélorusse compile des témoignages d’anciens soviétiques, suite à la chute de l’URSS. C’est sur l’un de ces récits que s’ouvre le triptyque documentaire qui met en images la souffrance du peuple russe. « Après la chute du Mur il y a eu une émergence de témoignages, développe la réalisatrice. Cette mémoire tragique de ces millions de personnes qui ont été enfermées dans leur pays, torturées, déportées, parfois même assassinées, a émergé, mais ça a mis du temps à nous arriver. D’ailleurs il y a très peu de films sur Staline. On est dans une imposture. »

Côté images, 210 heures d’archives filmées et 500 documents iconographiques ont été récupérés. Une chance d’après Daniel Costelle, qui coréalise: « Quand l’Union soviétique a disparu, pendant une brève période il y a eu une ouverture mais ensuite tout s’est refermé. Ça se retend de manière terrifiante. On est passés à travers ». De ces neuf jours entiers de rushs, le couple a conservé trois fois 52 minutes qui montrent Staline impliqué dans deux conflits: la Deuxième Guerre mondiale et celle qu’il déclare à son peuple.

Comme à chaque volet de cette série Apocalypse, toutes les séquences ont été recolorisées d’après des documents historiques. Pour Daniel Costelle, Staline représente un tournant dans l’aventure Apocalypse: « 39-45, Hitler et 14-18 étaient probablement de brillants exercices de transformation de l’histoire en réalité quasiment journalistique. Tandis que Staline, c’est un pas qui a été franchi: ici ça nous concerne directement. (…) Cela renvoie au fait qu’on laisse s’installer des régimes qui sont des régimes profondément criminels ». Pour autant, le réalisateur se refuse à délivrer des messages. « On n’est pas facteurs » ironise-t-il alors qu’il travaille déjà aux prochains volets de sa « franchise »: la bataille de Verdun, la guerre froide et les guerres « hors Europe » (Corée, Viêtnam…).

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