Retour aux sources: La terre promise

Fin du XIXe siècle. Poussés par la faim et le manque d'emploi, plus de 500.000 Flamands s'installent en Wallonie.

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Les Van Cauwenberghe, Van Gompel, Onkelinx sont des personnalités politiques francophones bien connues qui ne peuvent ignorer l’origine de leur patronyme. Comme des centaines de Van Varenberg, Devos, Vanham, Vandenberg, De Maegd, Vandermosten résidant au sud du pays. Le passionnant documentaire signé par Luckas Van der Taelen et Pascal Verbeken (d’après son livre La terre promise/Het Beloofde Land, réédité sept fois depuis sa sortie en 2007!) rappelle que la Flandre a connu des heures très sombres. Vers 1840-50, la crise la frappe de plein fouet. L’échevin bruxellois des Affaires sociales, Auguste De Winne, décrit les Flandres en 1903, «comme des puits de tristesse, ravagés par la misère, la famine, l’analphabétisme et l’exploitation.» 14 % des Flamands sont recensés sans emploi, un foyer sur 8 vit dans la misère. A la même époque, l’économie wallonne tourne à plein régime. Et ce géant industriel connu pour son dynamisme attire tous les regards. Avant les Italiens et les Maghrébins, les Flamands deviennent les premiers émigrés du bassin sidérurgique. Ils débarquent à Charleroi, Liège, La Louvière… Comme les émigrés d’aujourd’hui, ils se regroupent en quartiers, le Louvy à Gilly, le Taillis-Pré à Chatelineau… pour tenter de préserver leur culture, de cultiver leur différence. Les hommes sont mineurs, verriers, terrassiers, et participent à l’essor de la région. Certains, de peur de sombrer dans l’alcoolisme, l’adultère et le socialisme, préfèrent faire la navette en train ou en vélo. Comme ce mineur flamand qui, pendant dix ans, a parcouru deux fois par semaine les 164 kilomètres séparant Tremelo de Charleroi.

Ce document social et profondément humain rappelle que puisque la bonne fortune peut être éphémère, la solidarité est une valeur primordiale. Et qu’il est crucial aussi de bien connaître l’Histoire. Car on ne sait qui l’on est que lorsque l’on sait d’où l’on vient. Et la vie n’est qu’un éternel recommencement.

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