Mommy

On lui a volé sa Palme d’or. Mais Mommy restera notre Palme du cœur.

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Elle lui a tout donné, tout sacrifié. Jusqu’à y laisser des plumes. Mais aujourd’hui, même l’institution où il a été confié ne peut plus le garder. Steve, 16 ans, est un bon gars, comme dit sa mère. Mais il a cette exubérance, ce caractère entier qui déstabilise les autres. Oui, mais voilà, il vient de fiche le feu aux cheveux d’un camarade.  Dialogue de sourdes. Que la directrice de l’établissement ponctue d’un coup de cachet sur une feuille dont le charabia scientifique se résume en un mot: ingérable. Voilà mère et fils partis bras dessus, bras dessous vers leur banlieue miteuse de Montréal. Il parle fort, elle jure beaucoup. Le surdoué Dolan vient de planter le décor de son couple infernal, qui n’est pas sans faire penser à Gloria de Cassavetes, avec son gamin encombrant.

À ce duo prolétaire trop bien assorti pour vraiment s’entendre malgré l’amour fou qu’ils se vouent, le cinéaste va ajouter une troisième personne: une voisine aphasique que la proximité de la passion dévorante des deux autres va peu à peu ramener à la vie.

L’histoire pourrait paraître banale s’il n’y avait derrière la caméra ce jeune cinéaste au talent fou. Car sa force est là: dans la sublimation du quotidien, qu’il rend bigger than Life avec son regard d’ado un brin attardé. Et donc encore vierge du doute raisonnable de l’adulte que la vie a lissé. Ici, tout est excessif. Plus beau, plus fort, plus fou. La moindre dispute prend des allures d’épopée homérique, comme dans cette scène drôle et bouleversante où l’ado remet à sa place, tel un chevalier blanc, le courtisan beauf de sa mère. Mais surtout, Dolan nous a installés dès le premier tiers de son film dans un ascenseur émotionnel dont on n’a pas directement mesuré les conséquences. Ces héros cabossés nous ressemblent: mêmes rêves saccagés, même envie d’ailleurs, même espoir de trouver un instant de répit dans le grand tourbillon de la vie.

Et c’est avec son art, parvenu à maturité, qu’il va faire vivre à ses personnages (sublimes Anne Dorval, Suzanne Clément et le petit nouveau dans l’univers dolanien, Antoine-Olivier Pilon!) et ses spectateurs une expérience unique: celle de la vie, que des parenthèses enchantées rendent littéralement plus belle. Élargissant tout d’un coup son cadre, et donc celui de l’horizon des personnages, il leur offre la chance de toucher du doigt cette liberté tant convoitée. Et nous rappelle qu’il temps de rappeler notre ‘Mommy’ à nous pour lui dire qu’elle nous énerve. Mais aussi combien on l’aime. Très grand film. À voir. À vivre.

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