Démons

Dans l’amour, point de salut? Cruel huis clos sur la conjugalité, une fable théâtrale au pessimisme tranchant.

Démons

Ils s’aiment depuis dix ans, mais ne se supportent plus. Etouffés par une passion devenue destructrice, Frank et Katarina s’ennuient dans le vaste château qui abrite leur couple sclérosé. Ils ne se supportent plus, mais ils s’aiment – et continuent ainsi à se chercher à coups de piques, de reproches, de provocations. Elle, que son corps toujours dévoilé ne suffit plus à réveiller le désir, est au bord du renoncement. Lui, dandy planqué derrière un sourire ironique, joue en permanence l’humour trouble. Alors qu’il vient de récupérer les cendres de sa mère tout juste décédée, Frank décide d’inviter le couple voisin, Jenna et Tomas. Deux jeunes parents d’extraction modeste que Jenna croit unis et sans histoire. Au fil d’une soirée où s’exerce sans fin la séduction perverse des hôtes, chacun se confronte violemment à l’inéluctabilité de l’échec conjugal.

Librement adapté d’une pièce de l’auteur suédois Lars Norén par Marcial Di Fonzo Bo, Démons est un huis clos cruel et glaçant, à l’écriture ciselée et au pessimisme tranchant, habité par quatre personnages en proie à leurs démons – Marina Foïs, Romain Duris, Anaïs Demoustier et Stefan Konarske, excellents. Le malaise qui s’exhale de ces couples à bout de souffle est accentué par la sobriété de la réalisation, très théâtrale – Marcial Di Fonzo Bo est metteur en scène et son adaptation de Démons se donne également sur les planches, à Paris et à Caen. Théâtrales aussi les envolées des protagonistes, leurs manières, leurs attitudes. Perdus entre les murs d’un château aussi vide que les cœurs usés de ses propriétaires, où s’accumulent les peintures comme autant de représentations d’une vie qu’ils ne savent plus que mettre en scène, les héros de Démons jouent à défaut d’exister vraiment. Et disparaissent dans un ultime tableau d’une grande beauté onirique.

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