American Crime Saison 1

Dans l’ombre du récit d'une enquête pour meurtre, John Ridley offre un magistral portrait de ces victimes qui survivent aux victimes.

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Un jeune homme « bien sous tous rapports » est abattu. Sa femme, une ancienne reine de beauté, a été laissée pour morte, probablement après avoir été violée. Un sordide et banal fait divers. A peine de quoi intéresser les Experts et Unités spéciales. Pas sûr que ça captive les policiers de Modesto, en charge de l’enquête. La série choisit plutôt d’observer ces gens qui ne savent pas qu’un coup de fil va bientôt bouleverser leur vie, comme Russ Skokie (Timothy Hutton), le père de Matt, qu’on appelle pour identifier le corps du jeune homme qui gît à la morgue. La dernière fois qu’il a parlé à son gamin, c’était dimanche. Comme chaque dimanche depuis qu’il tente de renouer le contact.

La police dit qu’on soupçonne un jeune Latino, la mère entend qu’un immigré clandestin a tué son fils, ce héros de guerre et époux modèle. Dans le visage, crispé en permanence, de Barb (la Desperate Felicity Huffman), il y a la haine de « ces gens », de la police qui n’apporte pas les réponses qu’elle s’estime en droit d’avoir, de son mari qui l’a laissée seule avec ses enfants, contrainte de s’installer dans un quartier pauvre, au milieu de « ces gens ». On y revient. Parmi les inculpés il y a aussi un toxicomane afro-américain et un autre gamin latino. « Est-ce que ça fera sortir ma fille du coma d’en enfermer l’un ou l’autre? » semble demander la mère de Gwen qui préfère prier ou affronter Barb au sujet du lieu d’inhumation de son gendre.

John Ridley, le scénariste oscarisé de 12 Years A Slave, inspecte à la loupe les aspérités de ces survivants qui sont aussi des victimes. Il est là quand ils s’étreignent, quand ils paradent, là quand les masques tombent. Il dépeint un système enrayé qui propose des deals pour attraper de plus gros poissons ou pour calmer l’opinion publique. Père mexicain qui rêve ses enfants plus blancs que blanc, accro aux drogues dures vivant à travers les images d’heureux couples mixtes découpées dans des magazines, jeune Aliyah qui refuse désormais de répondre au prénom de Doreen, mère éplorée qui tente de se consoler en réclamant justice pour les autres – les personnages s’effleurent dans un récit choral qui joue la partition d’une Amérique dissonante d’inégalités sociales, qui se cherche des excuses et se trouve sans cesse des coupables. Tellement interpellant qu’on en oublierait presque de se demander qui a tué Matt Skokie, tant la société entière semble avoir appuyé sur la gâchette. 

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