Don’t Come Knocking

Suivant à la trace un vieux cow-boy paumé, le rêve américain de Wenders a un goût de gueule de bois. Il n’en est que plus beau.

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Star de western vieillissante, Howard Spence vit en solitaire, le nez dans l’alcool, les filles faciles, la drogue et quelques coups de poing. Mais lorsqu’on lui apprend qu’il a peut-être un enfant quelque part, le voilà reparti sur la route, en quête de son premier amour…

Avec Don’t Come Knocking, Wim Wenders boucle la boucle entamée avec Paris, Texas vingt ans plus tôt. Il ne s’agit plus ici de partager la conquête d’un Ouest rêvé car, à la soixantaine passée, le réalisateur allemand, toujours nostalgique, semble un peu plus résigné.

Le décor du film, personnage à part entière du récit, est celui de l’Ouest démythifié, d’une Amérique qui dégringole. Le reflet que le héros voit dans son miroir.

Mais, chassez le naturel… Son Amérique, Wenders continue de la rêver, comme s’il ne pouvait en être autrement. D’ailleurs, bien qu’il se défende d’avoir fait un film sur un cow-boy moderne, il donne à Howard l’image archétypale du vieux héros de l’Ouest, fatigué de chevaucher seul, rêvant à retrouver ceux qu’il a laissés derrière lui pour donner un sens à son existence. Et à ce jeu, Shepard la joue somptueusement bien en « poor lonesome cowboy » déglingué.

Mais venons-en au sujet principal de l’histoire: Don’t Come… est avant tout un splendide récit sur la paternité, piqué d’un humour terrien du meilleur effet et d’un imaginaire particulièrement original (notamment à travers le personnage de Sarah Polley, sorte d’ange qui ne quitte pas une urne contenant les cendres de sa mère). Avec Shepard au scénario, Wenders a retrouvé les ailes du désir de filmer. Certains lui reprochent de faire du Wenders. Mais c’est ce qu’il fait de mieux: un cinéma d’errance, de quête d’identité à travers des paysages sublimes… qui deviennent par la magie de ses cadrages des tableaux du peintre Edward Hopper.

Et la femme? Wenders ne l’oublie pas. Dans ce voyage du père, il y a aussi une mère. En une scène magique entre Sam Shepard et Jessica Lange (Madame Shepard à la ville), le réalisateur dit l’essentiel sur les rapports hommes-femmes et la seconde chance qui ne sera jamais que « seconde »… Amant et père démythifié, au bout du voyage, Spence ne sera plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre. Comme nous, dont il aura remis les évidences en question. Le cinéma a aussi cette vertu, quand il est bien fait: nous apprendre à devenir des êtres humains plus fréquentables.

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