Top of the Lake

Polar aux accents féministes, la minisérie de Jane Campion sublime les paysages sauvages de Nouvelle-Zélande. Envoûtant.

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Elle se fait rare, Jane Campion. Quatre films seulement depuis la palme d’or remportée, en 1993, par sa magistrale Leçon de piano. On se réjouit donc de la rediffusion de sa dernière création en date, une minisérie sublimement lyrique. L’idée de Top Of The Lake lui est venue en découvrant The Killing, et l’on y retrouve la même atmosphère froide, la même amorce scénaristique – l’enquête d’une jeune flic sur la disparition d’une adolescente. Mais Jane Campion s’en distingue vite, imposant un ton aussi atypique qu’envoûtant. Revenue pour l’occasion sur sa terre natale, la cinéaste s’offre un décor à couper le souffle – un lac dans le sud sauvage de la Nouvelle-Zélande. Dans cet écrin d’une beauté magique, gronde la violence sourde d’habitants semblant tous cacher un sombre passé. Fascinant décalage qui évoque David Lynch (Twin Peaks, mais aussi Blue Velvet, auquel Top Of The Lake adresse un clin d’œil) et la série Les revenants. Bien qu’essentielle, l’intrigue devient ainsi le prétexte d’une troublante exploration des noirs versants humains – ceux des hommes, surtout. Pour autant, la série ménage quelques moments de poésie et de drôlerie – notamment lorsqu’elle oppose la famille un poil rustre de l’adolescente disparue et une communauté de femmes, emmenée par une sorte de gourou féministe pas piquée des hannetons. Œuvre contemplative, Top Of The Lake ne manquera pas de séduire ceux qui aiment à prendre le temps du voyage. Car dans ce rythme lent, parfait écho à l’immensité d’une nature immuable, surgit d’autant plus intensément la vérité des personnages – servis par un excellent casting que dominent Elisabeth Moss (Mad Men), Holly Hunter et Peter Mullan. Des âmes blessées, échouées dans ce paysage du bout du monde – dont une parcelle est ironiquement baptisée Paradise. Ici, tout finit, mais tout (re)commence aussi. Vertigineux périple.

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