Les enfants de la télé: peut-on encore grandir à 20 ans?

Balancer des casseroles à ses invités, à l’époque, le concept d’Arthur était inédit. Mais aujourd’hui, Les enfants de la télé a vingt ans et fait face au tout-puissant YouTube. Peut-il encore grandir? 

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Dès son apparition en 94, Les enfants de la télé est un énorme succès. Très vite, il culmine régulièrement à 10 millions de téléspectateurs. Pour Arthur, son créateur, c’est la bonne pioche, enfin. Il n’a alors que 28 ans mais son début de carrière a déjà été marqué d’un cuisant échec: L’émission impossible, bien nommé copier-coller des late shows américains. Le public français accroche en revanche à l’esprit bon enfant et à la pointe de nostalgie du nouveau talk-show sans grands moyens. Il sort à 100 % de Case Productions, la société d’Arthur qui va bientôt truster la plupart des grandes soirées du samedi soir sur TF1.

Vingt ans donc que Les enfants de la télé se nourrit d’archives sur les débuts, honteux de préférence, des célébrités. Son originalité repose sur la capacité des documentalistes à se procurer des images inédites, extraites de la réserve de l’Institut national de l’audiovisuel ou carrément envoyées par la famille des invités. Sa force, c’est un concept simple et surtout positif: « Les enfants de la télé, c’est du pur divertissement. J’ai voulu que ce soit comme un dîner où l’on invite des gens différents. Ils se connaissent ou pas, mais on s’arrange pour que la mayonnaise prenne. Ce n’est jamais méchant. Il n’y a pas de pièges. C’est bienveillant et ça fait du bien! » explique Valérie Bouazis Lascar, productrice de l’émission depuis 1997. En fait, elle ne fait que répéter le leitmotiv quelque peu ironique d’Arthur: « Je veux bien que l’on rigole, mais je ne veux pas que l’on se moque ».

Deneuve et Delon

La formule a en tout cas rassuré les personnalités. Ils sont près de 1.500, acteurs, comédiens, chanteurs à s’être rendus compte qu’ils avaient tout à y gagner. « Les enfants de la télé tournent beaucoup autour du cinéma ou du spectacle. On fait donc pas mal de promotion pour les films ou les pièces et il y a peu de talk-shows en France où l’on donne vraiment la parole aux invités et à leur actualité. Forcément ils ont envie de venir et de revenir. On a quand même eu Catherine Deneuve ou Alain Delon, qui ne font pas énormément de télé mais qui étaient contents de la façon dont ils étaient accueillis. Les invités sont là pour s’amuser aussi, on ne met pas d’images qui pourraient les rendre mal à l’aise. Et puis on leur rend aussi un peu hommage. »

On comprend que les convives soient ravis de trouver un micro pour se vendre. Mais les téléspectateurs? Pourquoi regardent-ils ce défilé de casseroles? Sûrement parce que Les enfants de la télé est aussi l’occasion de découvrir une autre facette de ceux qu’ils admirent… Des stars qui ne se prennent pas au sérieux, qui font preuve d’autodérision, qui succombent aux fous rires, c’est la promesse d’un bon moment, mieux: d’un moment de proximité et de réévaluation. Pascal Obispo qui s’enfuit dans les coulisses pour continuer à y pleurer de rire, c’est quand même plus sympathique que son arrogance médiatique coutumière. D’autant qu’il y avait aussi les indispensables (ou insupportables) comiques dynamiteurs de l’émission: Elie Semoun, Michaël Youn, Eric et Ramzy, Fred Testot et Omar Sy, Dany Boon… Autant d’habitués qui pirataient le show jusqu’à le rendre dingue, gonflé, imprévisible… Il n’y a que sur Les enfants de la télé qu’on a vu chanter Julien Lepers, ou Valérie Giscard d’Estaing s’expliquer sur son fameux « au revoir », au demeurant repris pour conclure chaque émission.

Evolution vs révolution

Deux décennies de bonne humeur plus tard, l’émission et ses bébés en couche qui s’agitent dans le générique se sont raréfiés. Parce que les stars ne se sont pas renouvelées? Parce que les potes d’Arthur, abonnés à l’émission, n’ont plus la même cote populaire? Ou peut-être parce qu’Internet offre au téléspectateur toutes les casseroles fameuses et accidents domestiques qu’il veut quand il veut? « Regarder des vidéos amusantes tout seul devant son ordinateur, ce n’est pas pareil qu’avec des gens drôles autour d’une table. Et puis ce qui est bien dans l’émission, ce sont les commentaires, ce mélange entre les archives et les invités. » Néanmoins, par précaution, pour rester de son époque et montrer sa valeur ajoutée, Les enfants de la télé se transforme: « Il n’y a pas de révolution, l’émission plaît aussi parce qu’elle est comme ça. Mais nous essayons de porter des petits changements réguliers. Nous avons beaucoup évolué dans la façon de traiter les archives. Nous tentons de thématiser, de raconter des histoires. Nous inventons des choses autour des images, nous ne les lançons pas brutes ».

Arthur a défini la règle du jeu: « Je veux bien que l’on rigole, mais je ne veux pas que l’on se moque ».

D’accord, le rendez-vous continue à rassembler quatre millions de téléspectateurs français (et jusqu’à 500.000 Belges), mais pour combien de temps encore? La chute est quand même nette et le public d’aujourd’hui, nostalgique de l’âge d’or de la télévision, va-t-il toujours préférer revoir les débuts honteux d’un chanteur populaire plutôt que les exploits d’un chat qui fait du piano? Les jeunes générations sont en tout cas davantage accros à leur smartphone qu’à la télécommande. Cruelle ironie. Pour une fois que, sans s’inspirer des télés d’ailleurs, Arthur innove vraiment, voilà qu’il se fait rattraper par… l’innovation.

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