Virage nord

Un match, un meurtre. Prix de la meilleure série au festival de La Rochelle, un polar âpre et percutant.

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Rien ne semble se passer à Arcanville, petite cité ouvrière du Nord de la France. Et rien ne semble passer non plus, ni le temps qui s’étire interminablement, ni les rancœurs qui dorment doucement. Dans ce paysage désolé de bord de mer, c’est le foot qui (r)anime et réchauffe les âmes. Leur insuffle l’espoir de plus beaux lendemains, malgré la crise économique qui frappe durement la ville. Alors, quand au soir d’un match décisif pour le club local, un adolescent est assassiné dans les gradins, ce sont tous les habitants qui vacillent.

Dans cette communauté liée par le ballon rond, débarque Alexandra. Enfant du pays, elle a quitté cette terre où les désillusions emportent les rêves. Désormais capitaine de police à Paris, elle y revient pour innocenter sa sœur, une fervente supportrice soupçonnée du meurtre. Au-delà de l’enquête, les retrouvailles avec une famille restée, elle, foncièrement attachée à sa ville et à son club s’annoncent difficiles.

Polar âpre et poisseux, Virage Nord nous plonge d’emblée dans une atmosphère aussi saisissante que le froid de l’hiver marin. Humide et grise, comme les cœurs de personnages auxquels la réalisatrice Virginie Sauveur (Frères, la saison 4 d’Engrenages) donne autant d’humanité que de profondeur. Si la série se concentre sur l’héroïne (la convaincante Judith Davis, regard sombre et air buté), tous traînent une désespérance intime, une histoire forte à laquelle on s’attache d’autant plus que l’ensemble du casting se révèle très solide.

Mis en images avec une belle sobriété, Virage Nord mêle ainsi habilement action et peinture sociale, s’attachant à décrire par petites touches subtiles le poids d’un club de foot de province sur la vie locale – un thème par ailleurs assez peu traité en fiction. Dommage qu’Arte ait choisi d’expédier la diffusion de cette minisérie (trois épisodes) en une seule soirée.

 

 

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