Shanghai Blues: nouveau monde

Un couple de Français s’installe à Shanghai et se heurte au choc des cultures. Pas simple de s’ancrer en Chine…

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L’aventure chinoise, Rémy (Clément Sibony) n’en avait pas rêvé. Mais le jeune architecte n’a pas vraiment le choix: soit il accepte, avec contrat local et baisse de salaire à la clé, un chantier à Shanghai, soit il est licencié.

Pour convaincre sa femme de partir à l’autre bout du monde avec leur petit garçon, il prétexte une promotion. Le rêve chinois commence mal… Malgré ses réticences, Marine (Elodie Navarre) dit oui et la petite famille s’envole bientôt au pays du Milieu. Dès la sortie de l’aéroport, la folie bouillonnante de la ville les saisit.

Pas le temps de tergiverser, ici. Il faut avancer, s’imposer, suivre le rythme au risque de tomber – comme dans cette scène joliment métaphorique où, pour la première fois, Marine parvient enfin à forcer le passage pour sortir du métro à la bonne station.

Bousculée par une mégalopole sans commune mesure avec sa banlieue parisienne, la jeune femme l’est encore davantage lorsqu’elle comprend que la situation est loin d’être aussi idyllique que le prétendait son mari. Contrainte de trouver un petit boulot, elle s’acharne à faire sa place. Et bientôt, les rôles s’inversent: à mesure que Marine trouve ses repères, Rémy vacille, heurté par un système qu’il ne comprend pas et dans lequel il ne trouve aucun repère.

Programmé à l’occasion de la semaine "spéciale Chine" d’Arte, Shanghai Blues (œuvre du trio qui avait déjà signé le passionnant Qui sème le vent) offre une vibrante immersion dans une ville méconnue et fantasmée: la "nouvelle New York", dit-on.

Aux côtés de Marine et Rémy, trois expatriés de longue date laissent entrevoir la désillusion de ceux qui croyaient qu’avec la mondialisation et l’abolition des frontières, le choc culturel s’adoucirait. Au plus près du désarroi de ses personnages, la caméra de Fred Garson démonte les clichés comme les mythes, traduisant à la fois la brutalité d’une réalité sous-estimée et la volonté farouche d’y croire encore.

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