Le regard planté dans l’œil de la caméra, un ado au visage pâle, torse nu et crâne rasé, livre sans ciller son désespoir et sa haine.

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On le comprend vite, c’est au père que Paul s’adresse : celui qu’il n’a pas eu, celui qui l’a abandonné à sa solitude dans les bras d’une mère aussi paumée que lui, tendre, possessive et immature.

Il ne le connaît pas mais le traque parfois jusque devant chez lui, sans oser l’aborder. À l’écran, l’homme n’est qu’une vague silhouette floue, comme pour mieux symboliser l’inaccessible inconnu qu’il demeure pour le jeune garçon.

Ainsi livré à lui-même, en quête d’identité et de (re)père, Paul erre dans le béton de la ville, exorcise ses colères dans une salle de boxe, s’invente une famille auprès de copains punks. Virées nocturnes, soirées pogo, drogue et bastons lui tiennent lieu d’échappatoire. Lorsque surgit Louise, lumineuse beauté brune, il croit trouver l’amour.

Celui qui gonfle les espoirs et donne un sens à une existence à la dérive. Mais cette fille est une comète qui file de plaisir en plaisir. Et le fragile ado vacille un peu plus dans sa quête de liberté, de vérité, d’authenticité.

Adapté du roman Viens là que je te tue ma belle de Boris Bergman, le téléfilm de Jean-Stéphane Sauvaire transpose dans le milieu punk un récit initialement ancré dans le milieu rock parisien. Avec une sensibilité quasi documentaire, il capte à merveille les soubresauts d’une jeunesse bouillonnante, déchirée entre rêves et désillusions, jeux de mômes et douleurs d’adultes.

Une déambulation poignante au cœur de toutes les violences, magnifiquement portée par des acteurs étonnants de justesse.

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