Magazine – Reporters: Armées privées

Les vainqueurs des guerres d’Irak et d’Afghanistan? Les sociétés militaires privées. Entre fortune et bavures.

177533

Comme tout bon reportage sur l’Afghanistan, Armées privées démarre dans le stress d’une jeep qui traverse une rue dévastée par des attentats suicides. La caméra tremble, la voix off est grave. A l’avant de la jeep, un castard à l’accent anglais façon terroir, collé à sa mitrailleuse, s’épanche. "Si une charge explose sur la route, faut qu’on essaie de continuer à rouler". Il s’appelle David Boyse et gagne 10.000 € par mois. Son boulot? Remplacer l’armée britannique. Un peu par patriotisme et beaucoup par goût du pognon, il effectue des missions de protection de "clients" pour le compte d’une société militaire privée, ArmorGroup.

Car aujourd’hui, tout se privatise, et surtout la guerre. Entre 2001 et 2006, le chiffre d’affaires de l’agence Blackwater, fleuron des armées privées, a bondi de 80.000 % grâce à la guerre contre le terrorisme menée en Afghanistan et en Irak. La palette d’activités de ces boîtes est multiple: entraînement de troupes et missions à leurs côtés, protection d’ambassades, encadrement de businessmen ou de politiques. Dans ce dernier domaine, Armées privées nous montre qu’une seule chose compte: sauvegarder la peau du "client". Quitte à avoir "un maximum de chances d’y passer", raconte un ex-soldat privé français reconverti, par instinct de survie, dans la protection de stars.

Si l’idée d’armées privées est douteuse, leurs agissements sur le terrain le sont d’autant plus. Elles-mêmes sous-traitent des missions à des soldats népalais mal payés et protégés, et ne regardent pas à deux fois avant d’abattre un civil. Ce n’est pas pour rien que Blackwater a changé deux fois de nom en deux ans. Aujourd’hui, elle s’appelle Academi, pour se donner une image plus "ennuyeuse". Drôles de guerres…

Sur le même sujet
Plus d'actualité