Magazine: Questions à la une: Le commerce des roses La Une 20h20

Questions à la une a enquêté sur le marché des fleurs. Et ça ne sent pas la rose.

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La rose reste la fleur la plus vendue en Belgique toute l'année. Mais Sylvie Duquenoy et Guillaume Wollner se sont demandé s'il était bien raisonnable d'en offrir, en plein hiver, pour la Saint-Valentin. Ils ont rencontré les cinq derniers producteurs belges qui songent tous à mettre la clé sous la porte. Le coût de l'énergie, multiplié par trois ces trois dernières années, tue leur entreprise.

Ils doivent non seulement chauffer les serres mais aussi les éclairer, à raison de 4.000 heures par an! "Alors, pourquoi ne pas les importer?,se demande la journaliste. A la criée de Bruxelles, nous avons constaté que 40 % des roses proviennent de l'étranger. Principalement du Kenya."

L'enquête se poursuit donc sous l'équateur. Avec un premier constat: les producteurs sont hollandais et indiens et non kényans. Une délocalisation en somme. Si le climat est favorable, la main-d'œuvre est aussi bon marché: une femme gagne 100 € par mois pour 46 h de travail 6 jours sur 7 alors que le salaire moyen est de 250 €. "On peut aussi s'étonner de l'implantation d'immenses serres, poursuit Sylvie Duquenoy, dans un pays qui connaît la sécheresse. Pour faire un bouquet de 12 roses, il faut pomper 120 litres d'eau!"

Au bord du lac Naivasha, il y a 5.000 hectares de serres dans lesquelles travaillent 30.000 personnes. Mais impossible d'y pénétrer. "Des travailleuses ont accepté de témoigner à visage caché. Elles expliquent que les pesticides sont répandus sans aucun respect des temps de pause du personnel. Qu'elles n'ont aucun vêtement de protection, ni douche pour se laver. Tout s'accumule dans leur corps. Tous les mois, des contrôles sont effectués et quand le niveau est trop élevé, ces entreprises n'appliquent qu'une seule mesure: le renvoi. Au-delà de ne pas nourrir les employés, ces fleurs les empoisonnent. Pour vérifier ces faits, nous avons fait analyser trois bouquets de roses par un laboratoire spécialisé à Gand. Et le résultat est édifiant."

Autant le savoir. Et prouver son amour avec d'autres arguments que ces fleurs ou en acheter des "propres et équitables" comme le proposera encore cet excellent reportage.

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