Magazine Infrarouge: Ceux qui possèdent peu

Un réalisateur a suivi durant 15 ans trois adolescents issus des classes populaires. Poignant et édifiant.

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"Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, racontait la cinéaste Laurence Ferreira Barbosa en 1993. Mais pour peu qu’on s’y intéresse, ils auraient beaucoup à exprimer." Vincent Maillard en a suivi quelques-uns, quinze années durant. A l’origine, ils étaient de jeunes ados échoués en SEGPA, section du collège où sont envoyés les enfants dits "en échec scolaire". Le "continent noir de l’Education nationale" selon le réalisateur; des invisibles qui n’affichent ni pauvreté extrême, ni traumatisme particulier. Des vies banales sur lesquelles nul ne s’arrête vraiment et qui, pourtant, disent beaucoup de la société actuelle.

L’attention que leur porte Vincent Maillard, année après année, est la grande force de ce documentaire vibrant. A 13 ans, Raphaël, Sabrina, Stéphanie et leurs camarades avaient le rire insouciant et les rêves de tout gosse: "être riche", construire une famille, grappiller sa petite tranche de bonheur. Depuis leur CAP, ils se battent contre l’inertie et le déterminisme social – y compris celui de parents défaitistes. Mais de RSA en intérim, de crédits en dossier de surendettement, leur vie semble suivre l’itinéraire banal et attendu de ceux qui doivent avant tout assurer leur survie matérielle.

Ceux qui subissent la crise – celle de l’école, celle du travail – de plein fouet. A travers leur trajectoire se fait jour le portrait d’une société qui, lentement mais sûrement, a abandonné les plus fragiles. La télévision qui leur fait face, seul loisir accessible, reflète subtilement les tendances de l’époque: l’avènement des start-up, les mirages de la télé-réalité, les promesses du candidat Sarkozy sur le pouvoir d’achat, les cadeaux fiscaux accordés aux plus riches… Ils ne s’en offusquent même pas vraiment. Ils doivent d’abord boucler les fins de mois.

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