Le pouvoir ne se partage pas

Mitterrand-Balladur: un docu-fiction sur les coulisses d’une cohabitation qui ne fut pas que "de velours".

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Délicat exercice que celui de la cohabitation. Jacques Chirac l’avait expérimenté, parfois douloureusement, durant le premier mandat de François Mitterrand.

Edouard Balladur s’y frotta à son tour en 1993, après la cuisante défaite du Parti socialiste aux élections législatives. L’ancien Premier ministre en tira un livre témoignage, dont le titre claque comme un bilan sans appel: Le pouvoir ne se partage pas.

Elaboré à partir de ses conversations avec François Mitterrand, l’ouvrage sert de base à ce docu-fiction mêlant interviews – d’Edouard Balladur lui-même, mais également de journalistes politiques -, images d’archives et scènes reconstituées.

Ce dernier dispositif n’est d’ailleurs pas le plus réussi: malhabiles et empesées, les entrevues "fictionnées" entre Edouard Balladur/Didier Bezace et François Mitterrand/Laurent Claret semblent surtout un prétexte artificiel destiné à aérer la partie purement documentaire du film. L’on devine toutefois la complexité de la relation qui unit les deux hommes, entre respect et courtoisie d’une part – les médias parlèrent d’une "cohabitation de velours" -, méfiance et rivalité d’autre part.

De fait, cette période de pouvoir partagé ne fut certainement pas, tout au long des deux ans qu’elle dura, aussi consensuelle qu’on a bien voulu le dire. "Cohabitation de dupes" selon Arlette Chabot, "très intelligente et très cruelle" pour Alain Duhamel, elle mit face à face deux hommes aux prises chacun avec un combat plus personnel, dont aucun ne sortit vainqueur: Balladur, candidat pourtant populaire à la présidentielle de 1995, échoua dès le premier tour face à Chirac et Mitterrand, déjà très affaibli, succombera au cancer en 1996.

Interrogeant le principe même de cohabitation – "l’institutionnalisation au sommet de l’Etat de la lutte pour le pouvoir", résume Jean-Marie Colombani -, cet honnête docu-fiction évoque également en filigrane le formidable instinct qui habite des animaux politiques aux ressources insoupçonnées.

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