Le Jardin extraordinaire: la première de Tanguy Dumortier

Avant il présentait Le 12 minutes sur La Deux. Après il est parti sac au dos dans la nature congolaise. Le voilà à la présentation du vénérable Jardin extraordinaire. Pour mieux repartir?

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C'est LA succession emblématique de ce début septembre.  Tanguy Dumortier reprend le flambeau de Claudine Brasseur qui a décidé d’arrêter la présentation du Jardin extraordinaire. Avec une légère fébrilité. "Je n’arrive pas à me libérer totalement de la pression. On verra ce que ça va donner. En même temps, j’essaie de bien faire mon boulot et concrètement j’étais plus stressé quand j’étais au Congo et que je risquais ma peau pour tourner des images."

Il est clair qu’entre la présentation de la plus vieille émission de la RTBF consacrée aux animaux et à l'environnement et la réalisation de reportages sur la nature au cœur des endroits les plus reculés de la planète, c'est le grand écart. Mais cela n’a pas effrayé Tanguy Dumortier. Son arrivée aux commandes de l’émission a même entraîné de nombreux changements: nouveau générique, nouvelle voix off et nouvelle identité musicale. Mais surtout, à l’image de son nouveau présentateur, Le jardin extraordinaire va voyager. Roumanie, Kenya, Russie, Congo…, l’émission entre dans une nouvelle ère. Grâce à Tanguy et à son expérience, cela passe aussi par la technique: "Il faut former les techniciens à des choses que nous ne faisons pas pour l’instant à la RTBF, comme le slow-motion ou le time-lapse. J’essaie aussi que les équipes adaptent leur manière de travailler en fonction de ce que nous cherchons. Cela rend un peu fous certains, mais parfois cela ne sert à rien d’aller faire des images à trois ou quatre. Pour filmer des renardeaux au terrier par exemple, il faut s’adapter et y aller seul". Travailler seul et sans aide, c'est une habitude bien ancrée chez Tanguy Dumortier. Tout comme ce côté "même pas peur". C’est d'ailleurs cette petite touche d’audace dans tout ce qu’il fait qui, bien souvent, lui réussit.

Dès ses débuts dans le journalisme, le Bruxellois apparaît comme un personnage décalé qui n’a pas peur à la fin de ses études à Louvain-la-Neuve, de proposer au jury de la Bourse René Payot, un reportage radio sur… le silence. "C’était un peu casse-gueule, mais j’aime bien les trucs casse-gueule", sourit-il. Sa hardiesse paie puisqu’il remporte alors le prix et s'envole pour deux stages à l’étranger, à Radio Canada et à France Inter. Sa carrière est lancée.

De retour en Belgique, la RTBF l’intègre comme reporter pour Le journal des régions à 18h30. Fini la radio, mais Tanguy Dumortier s’amuse et travaille sans pression. A peine un an après son arrivée, le jeune homme se fait remarquer et lorsque le service public cherche des nouvelles têtes pour ses journaux, il est appelé à présenter Le 12 minutes en fin de soirée. Une période qu’il ne regrette pas: "J’ai beaucoup aimé cette période au JT. J’ai appris à écrire très vite, à être concis et rigoureux sur l’information". Et surtout, cela lui permettait de continuer à profiter de sa vraie passion pour la nature: "Mes collègues savaient que lorsque j’étais au JT, en dessous de la table je portais mes baskets parce que je revenais de l'extérieur. J’allais tourner des images dans la nature le matin avant de venir au travail". Cette envie incessante de nature et d'air libre le poussera à quitter la présentation du journal en 2010. Et même à quitter la Belgique, tout court: "Je suis parti parce que j’avais fait un peu le tour, j’avais envie de prendre vraiment l’air. Je n’ai pas fait journalisme pour rester dans un studio de JT, pas à cet âge-là en tout cas".

Le temps du reportage

Devenu désormais l’ex-"beau gosse de l’info à la RTBF", avec un petit air de Romain Duris, il s'établit en Afrique où il rejoint sa compagne de l’époque. Et se consacre, enfin, à ce qui l’anime depuis le début: le reportage environnemental. Il entame alors sa collaboration, comme documentariste, avec Le jardin extraordinaire. Un choix pas innocent puisque Tanguy Dumortier est, depuis toujours, "un vrai fan du Jardin". Sa vie prend une nouvelle tournure. Il vit simplement, n’a plus besoin d’un salaire fixe et peut enfin se permettre de prendre le temps. Des risques aussi: "Il ne faut pas avoir peur d'en prendre pour aller tourner dans certains endroits. Cela nous a permis, à moi et mon ami Philippe Lamair, d’aller là où peu d’équipes de tournage peuvent aller. Nos reportages avaient une vraie valeur ajoutée grâce à cela".

Pendant des années, ce mordu de nature enchaîne les productions comme les anecdotes. Dans Bazoulé, le village des crocodiles sacrés, un croco croque sa caméra, dans Nazinga, la terre des éléphants, un pachyderme envoie valser son matériel, etc. "Je n’ai jamais eu de gros problèmes. Une fois, un lion s'est bien réveillé au milieu d'une anesthésie administrée pour lui mettre un collier. Evidemment pas le temps de faire une vidéo, on a juste couru très vite! Sinon rien de grave." Malgré ces petits moments de frayeur, la tête brulée n’aurait changé pour rien au monde sa façon de travailler. C’est pourtant ce qu’il va devoir faire maintenant qu’il va s'installer dans le fauteuil de Claudine Brasseur à la présentation du Jardin extraordinaire.

Plus question d’aller seul au fin fond de l’Afrique, il faudra à présent faire avec les méthodes et les équipes de la RTBF, et ce n’est pas facile tous les jours: "C’est vrai que je trépigne parfois devant la lourdeur à faire les choses de manière plus académique. Quand je suis seul, j’ai une grande mobilité et une grande liberté. Si je veux rester cinq jours de plus sur un tournage, je le fais. Avec le Jardin, je suis dans un canevas établi. Plus l’équipe est grande et plus il y a de contraintes à respecter. Mais en même temps, cela apporte une base plus solide à notre travail, il faut mieux préparer à l’avance, ce que je ne faisais pas toujours, et le scénario est défini avant de commencer. Nous savons ce que nous allons chercher". Pour ce solitaire habitué à parfois dormir sur le sommet d’un volcan, le travail en équipe est la plus grosse difficulté.

Monomaniaque de la nature

Tanguy Dumortier est un passionné, et comme tout passionné, il ne s’arrête jamais. Ce qui peut parfois déstabiliser ses collègues. Françoise Pasteel, productrice du Jardin extraordinaire en témoigne: "Travailler avec Tanguy, c’est décoiffant! Il faut suivre son rythme et ses envies et tenter de répondre le plus possible à ses demandes mais on ne peut pas exaucer tous les rêves et heureusement, il est très réceptif aux remarques. Autant il peut s’enflammer pour un projet, autant en cas d’échec, il sait rebondir très vite". Difficile de freiner celui qui s’intéresse à la nature et à l’environnement depuis son enfance. Il avait beau habiter à Bruxelles, Tanguy Dumortier passait ses journées d’enfant dans la forêt de Soignes, son "super-terrain de jeu".

Entre ses cours au Musée des Sciences naturelles et les leçons de ses professeurs de primaire qui lui parlaient beaucoup de la faune et la flore environnantes, Tanguy écrit son premier journal dédié aux loups à l’âge de six ans. La nature, c’est sa raison de vivre depuis tout petit: "Cela fait depuis tellement longtemps que j’ai envie de faire cela que je pense que parfois c’est dur pour mes collègues. Je suis monomaniaque et je comprends que ça soit un peu difficile pour ceux qui ont envie de faire autre chose à la fin de la journée". Pour convaincre Tanguy de mettre de côté ses propres reportages pour se consacrer au Jardin extraordinaire, la RTBF a dû accepter quelques conditions:  "Quand François Tron, directeur des programmes et Jean-Paul Philippot, administrateur général, m’ont demandé si je voulais travailler au Jardin extraordinaire, j’ai dit oui mais à condition que l’on produise davantage. Le jardinest une émission qui achète environ 90 % de son contenu. Ce sont souvent des films extraordinaires, mais moi je me vois mal passer mon temps sur le marché des documentaires à acheter des films".

Idéalement, Tanguy rêve que leJardin produise la moitié de son contenu d’ici trois ou quatre ans. Mais si rien ne change, ce trentenaire risque à nouveau de prendre la poudre d’escampette: "Ma passion c’est de produire. Si je ne diffuse que des productions achetées, j’assurerai la présentation aussi longtemps qu’on aura besoin de moi, mais je ne serai pas très utile et beaucoup de gens le feraient alors bien mieux que moi. Et puis je m’embêterai, cela ne m’intéresse pas".

Dépoussiérer le Jardin

Ce pari d’une augmentation de la production, la RTBF a bien voulu le relever, en plus d’accepter tout un tas de changements dans la forme du magazine, générique, présentation, etc. La tempête Tanguy est en action et rien ne le motive plus que de transmettre sa passion et ses histoires: "Tant mieux si les gens regardent l’émission, mais le but c’est qu’ils aillent dans la nature, qu’ils apprennent à la connaître et qu’ils la respectent". La vraie récompense pour le nouveau présentateur ce n’est pas les audiences qu’il peut faire, mais les vocations et les envies que sonJardin remodelé pourra susciter. Et ils sont nombreux, ces agronomes ou ces naturalistes, à avoir trouvé leur voie grâce à la plus vieille émission de la RTBF. Un peu comme Tanguy finalement, pour qui ce nouveau défi de secouer Le jardin extraordinaire n’est qu'une étape.

Plus tard, il se verrait bien initier les enfants à la nature, c’est d’ailleurs dans cette optique qu’il a passé son brevet de guide nature auprès du Cercle des naturalistes de Belgique. Cela permettra aussi à ce jeune papa d’avoir un plus de temps pour ses deux filles, parce que pour l’instant, il l’avoue: "Ma vie de famille est un peu… rock’n’roll!" On veut bien le croire.

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